Développement personnel en grande vadrouille : redevenons Thésée !

TheseeOn appelle ça le développement personnel. Ce sont des rayons entiers de livres, qui vous donnent tous les bons conseils pour réussir votre vie, et y croire. C’est aussi le fond de commerce des coachs.

Et c’est le thème du dernier livre de Julia de Funès, petite fille du célèbre Louis de Funès, Docteure en philosophie et conférencière, « Développement (im)personnel ». Le titre nous dit tout : pour elle, tout ça c’est bidon, et ces livres, comme certains coachs qui en font la promotion, sont des imposteurs. Préparez-vous à la grande vadrouille du développement personnel en ouvrant ce petit livre d’à peine 150 pages, plein d’épines.

Ce qu’elle reproche à cette « littérature », c’est de mettre le lecteur dans le « wishful thinking », sans tenir compte des contraintes réelles de la vie, et d’être complètement centrée sur l’individu, sans aucun contact avec ce qui se passe dans les relations avec les autres. Ainsi, un des trucs de ces prophètes du développement personnel, c’est la « confiance en soi ». Pour réussir, et transformer tous nos rêves et désirs en réalité, il suffit d’avoir « confiance en soi » et d’y croire.

Pas la peine de trop se casser la tête à chercher comment. Un peu de volonté, que diable, et hop, un bon coup de pédale et nos souhaits deviennent réalité, les affaires qui ne marchaient plus repartent comme un vélo. On ferme les yeux, on visualise un avenir radieux, et c’est comme si on y était. Vas-y, champion, la victoire est au coin de la rue. Un bon bouquin de « développement personnel » et le coach qui va avec te poussent dans le dos comme un vent salutaire qui te donne des ailes.

Julia de Funès vient détruire ce genre d’attitude en quelques mots : « ici, la manipulation consiste à confondre confiance en soi et assurance ».

Un peu de philosophie, Docteure, pour bien différencier ces deux notions.

L’assurance, c’est cette « affirmation de soi, la certitude et l’absence de doute sur soi-même ». Et ça n’a rien à voir avec la confiance.

La confiance, qui vient de cum fide, « avec foi », c’est au contraire une foi, un « pari sur l’inconnu, un saut dans l’ignorance, un doute ».

Avoir la foi, croire, c’est précisément douter, et non se croire trop sûr de soi. C’est pourquoi je crois en Dieu car je ne suis pas certain de son existence. C’est pourquoi la confiance, par la fragilité et le doute qu’elle suppose, est l’exact contraire de la certitude de l’assurance.

L’assurance, c’est celle de celui qui se sent tellement autonome, se dérobant à toute dépendance, qu’il ne doute de rien. C’est une forme de fatuité qui nous fait nous croire tout-puissant, mais aussi ridicule. Et que l’on appelle indûment la confiance.

La confiance, à l’inverse, c’est celle qui me relie aux autres, qui me fait sentir ma vulnérabilité, mon incertitude, et l’autre peut parfois trahir ma confiance. Elle peut parfois être décevante. C’est sûr, c’est moins drôle.

Alors, pour celui qui se croit en « confiance en soi », et en fait en état d’assurance, le futur, comme le présent, consiste à « rêver sa vie ». Car le meilleur moyen d’oublier la réalité contraignante et décevante, n’est-ce pas de croire et de rêver sa vie, en se racontant des histoires, avec des mensonges pour soi, et pour les autres.

Pour Julia de Funès, c’est cette came que nous vendent les livres de « développement personnel » et dont elle veut nous prévenir de succomber, au risque de se mettre dans une position de dépendance, sinon de soumission, à l’égard de l’auteur.

Alors, dans la dernière partie de ce petit ouvrage, elle pose la bonne question : Comment se libérer des idéologies du développement personnel ?

Ce qu’elle reproche principalement au développement personnel, c’est cette tendance à tout rationnaliser, à séquencer, parcelliser, en étapes conscientes, calibrées, mesurées. On pourrait ainsi changer sa vie en cinq étapes, appliquer les dix recettes pour être heureux, etc. Et tout ça, bien sûr, très vite, ce qui nous permettra de « retrouver confiance en soi en cinq semaines », « méditer en cinq secondes », « devenir soi en quelques heures ». Ce qui compte, c’est que ça aille vite.

Le contrepoison de ces délires, pour elle, c’est la philosophie, capable de « déconstruire » les balivernes du développement personnel trop facile.

En appelant en renfort Socrate, Kant, David Humes, Sartre, Bergson, Paul Ricoeur, et même Marcel Proust, qu’elle nous donne envie de lire (ou relire), elle nous communique son envie de revaloriser la liberté de chacun.

Alors que le développement personnel nous enferme dans un comportement stéréotypé conforme aux conseils prodigués par les auteurs, comme si les recettes pour tous valaient changement personnel, nous incitant à l’introspection narcissique pour mieux se retrouver, à se concentrer sur la manière de s’exprimer pour mieux communiquer, la philosophie est la porte de la libre création de soi par soi.

Citons Julia de Funès dans son éloge de la philosophie :

 « A l’image de Thésée qui parvient, grâce à un fil, à sortir d’un dédale, chacun d’entre nous peut tisser au milieu des labyrinthes de la vie son propre « phil’ » conducteur pour trouver des issues aux significations figées, qui finissent par nous faire dépérir par manque d’évasion ».

« Si la philosophie, âgée de 3000 ans, est toujours là, si demandée, si attendue malgré son accès difficile, c’est qu’elle n’est pas une mode. Grâce à sa compréhension fine des principes des choses, du caractère inamovible des êtres, de la constance des trames qui meuvent les vies, les limites s’élargissent, les points de vue gagnent en rigueur et en ampleur. La philosophie ouvre les perspectives, décongestionne, réinvente des possibilités d’envol pour permettre à chacun de mieux affirmer sa pensée et mieux vivre sa liberté ».

On l’a compris, pour mieux vivre sa liberté, il vaut mieux laisser les livres de développement personnel, et leurs fausses recettes pour « devenir soi » (titre de ce livre de Jacques Attali, que Julia de Funès met en morceaux) et ouvrir les livres des philosophes.

Voilà un bon conseil – philosophique – pour notre stock de lectures de l’été.


Des rites pour du sens

SymboleQuand on parle de rites, on pense aux ethnologues, en observation de populations primitives, de leurs pratiques religieuses. Claude Lévi-Strauss, dans « Tristes tropiques » fera ainsi le récit de son séjour avec les Nambikwaras, sur les plateaux du Brésil central.

Mais les rites ne sont pas réservés à la religion, ni aux populations primitives. Aujourd’hui, à l’époque moderne, les rites sont encore dans nos sociétés. Ils font partie de la vie politique, familiale, économique. Et même de nos entreprises.

Mais on peut aussi constater que la pratique et l’importance des rites tend à se réduire. On ne ritualise plus autant les grands moments de la vie, ni nos activités. Cela peut même sembler dépassé pour certains. Et l’on pourrait peut-être en déduire que c’est précisément la disparition des rites dans notre vie qui en vide le sens. Car ce manque de sens, ce besoin de sens exprimé aujourd’hui, notamment par les collaborateurs de nos entreprises, il est bien présent.

C’est l’hypothèse que développe Marc Augé, ethnologue directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales dans son ouvrage « Pour quoi vivons-nous ? » (2003), plaidant ainsi pour la renaissance des rites dans nos relations les uns avec les autres.

Qu’est-ce qu’un rite ?

Cela correspond à « ‘l’accomplissement de certains gestes dans un ordre prescrit ; ces gestes sont accompagnés ou non de paroles (prières, formules dites rituelles) ; ces gestes consistent en signes formels (signes de croix, imposition de la main sur le front, bras levés vers le ciel, etc.) et en manipulation d’objets ou de substances (une pierre, une statue, une croix, de l’huile, de l’eau, du sang, du vin.) ».

On peut donc décrire, et les ethnologues en sont de fins analystes, de façon précise le déroulement des rites.

Mais le sens du rite ne se trouve vraiment qu’en fonction du temps où il se situe et de l’espace dans lequel il se déroule.

Dans le temps, on pense aux rites liés aux changements de saisons, à l’arrivée de la pluie. Le temps aussi des moments charnières de la vie : la naissance, la puberté, la mort. Le temps des événements de la vie aussi : l’inscription dans une classe d’âge, le mariage, les funérailles. On voit que le rite intervient aux moments de passage, et que tout rite constate en fait un passage, comme si, dixit Marc Augé, « n’étant jamais assurés de la suite (pas même du retour des saisons), les hommes s’efforçaient toujours d’en ritualiser la nécessité ».

Tout rite prend aussi place dans un espace particulier, et situe les uns et les autres dans l’espace. Les espaces qui font l’objet de rites spécifiques sont par exemple les limites et frontières entre les uns et les autres, les carrefours, lieux de rencontres et d’échanges, les marchés, les espaces publics.

C’est pourquoi, comme le souligne Marc Augé, « le rapport au temps et à l’espace, dans l’activité rituelle, est toujours un rapport aux autres ».

Dans ce rapport aux autres, il y a la toile de fond de la cérémonie rituelle constituée par la collectivité qui l’entoure. La conscience de l’existence de cette collectivité et le fait de se sentir en faire partie ajoute à l’émotion du moment. C’est pourquoi on imagine mal un défilé du 14 juillet ou un match de foot sans spectateurs, comme semblent pourtant l’imaginer certains après la période de confinement.

Le rite a aussi un but explicite de créer un lien entre celui qui en est l’objet (le nouveau-né, l’initié) et un ou plusieurs autres (les parents, les membres de son entourage, ses compagnons).

C’est pourquoi ce que Marc Augé appelle « le sens », n’est pas « je ne sais quelle signification métaphysique ou transcendante, mais simplement la conscience partagée(réciproque) du lien représenté et institué à l’autre ».

Et donc le rite est « le dispositif spatial, temporel, intellectuel et sensoriel (il peut faire appel à la musique, au mouvement, aux couleurs) qui vise à créer, à renforcer ou à rappeler ce lien. Ce faisant, il établit des identités relatives (relatives à la vie familiale, à la vie affective, à la vie politique, à la vie professionnelle) - identités qui supposent toujours l’établissement préalable de liens avec certains autres, certaines catégories d’autres : parents, partenaires, citoyens, collègues. Pouvoir créer ce lien avec les autres est la condition nécessaire pour créer de l’identité, des identités ».

Ainsi, ce serait cette difficulté à penser le lien aux autres qui nous ferait douter du sens ou qualifier notre époque de « crise d’identité ».

Le lien que permet le rituel est un lien symbolique, au sens où les partenaires d’un acte symbolique échangent entre eux des signes de reconnaissance. On sait en effet que le symbole, au sens étymologique, est une pièce de monnaie coupée en deux dont la réunion des deux moitiés permettait à des partenaires, par exemple commerciaux, de se reconnaître mutuellement.

On pourrait penser que nous n’avons plus besoin de ces liens et de ces rituels. En effet, l’afflux des images et des informations qui nous parviennent peuvent donner l’illusion que le monde est à nos portes, l’actualité notre journal de bord, les horaires de la télévision pouvant remplacer dans notre agenda la liturgie chrétienne et les cloches des églises de l’ancien temps. L’avenir serait alors à la solitude, à la fin des rites et à la mort du lien symbolique. Erreur, nous dit Marc Augé, car « le lien symbolique est consubstantiel à l’idée de langage, d’humanité et de société ».

C’est pourquoi il n’imagine pas, et cela résonne encore plus en lisant cela en ce moment, « six milliards d’individus rigoureusement éloignés les uns des autres et communiquant par écrans interposés ».

Alors si le rite est bien la condition du sens social, c’est à nous de le faire revivre, sous la forme de « rites laïques ». Car il ne s’agit pas de confondre rite et religion (on a souvenir, à titre de mauvais exemples, des rites politiques qui s’assimilaient à des rites religieux, sous les régimes autoritaires).

L’auteur ne nous donne pas de « recette de rites ». C’est à nous et à chacun de les inventer et de les pratiquer, de prendre conscience que les autres existent et que nous pouvons avec eux échanger, ne seraient-ce que des sourires, des larmes, ou quelques mots, pour nous prouver que nous existons.

Nous pouvons construire ces rites dans nos entreprises, dans notre management, dans notre communication.

En ce moment où les liens semblent un peu distendus, où l’on pourrait croire que le télétravail va devenir la norme, ce rappel à la vie, aux liens symboliques, et à la relation des uns avec les autres, fait du bien, et donne envie de vraie vie.

Ce que le rite nous enseigne : « survivre, si on le désire, c’est comprendre que l’on n’est jamais tout à fait seul ».

Quels rites allons-nous retrouver ou mettre en œuvre pour retrouver ce sens de la collectivité ?


L'appel d'offres à la façon Lorenzo

Portes-baptistere-san-giovanni-florence-01Répondre à un appel d'offres, être ce consultant qui essaye de convaincre, ce prestataire, cet offreur de services, on connaît ça.

Mais comment fait-on pour gagner?

Et comment réussir un concours ?

Être celui qui emporte par sa modernité, contre les classiques qui ont plein de références.

C'est le sujet de ma chronique du mois sur "Envie d'entreprendre", c'est ICI.

Soyez Lorenzo et porte du paradis.

A la porte de Florence 


Savoir-faire et savoir-être

EcouteOn les appelle les métiers de relations humaines, on pense aux coachs, mais aussi aux consultants de toutes sortes, car une mission de conseil, c'est aussi une relation humaine entre celle ou celui qui a convaincu le client d'acheter la mission, et le client lui-même en tant que personne. 

Pour exercer ces métiers, on apprend par les formations, les livres, les conseils des autres, mais surtout par l'expérience, et pas seulement celle liée à l'activité professionnelle. Quand on exerce ce métier de coach ou de consultant, on apprend aussi beaucoup de ses clients. 

Vincent Lenhardt, considéré comme un des pionniers qui a introduit le coaching en France, et qui en a formé pas mal, vient de publier un petit ouvrage très personnel, " La sagesse du coach", qui lui permet de nous livrer des convictions intimes. 

Un passage intéressant du livre est cette réflexion sur ce qui fait les qualités fondamentales d'un coach, et on ne peut s'empêcher d'y projeter les qualités d'un consultant ou même d'un manager. 

Paradoxalement, ce ne sont pas les méthodologies ou les expertises qui constituent pour l'auteur les qualités premières, mais des qualités plus humaines, de l'ordre de l'immatériel.

Il en propose quatre, indissociables.

La première : la "qualité d'être".

C'est la plus importante. C'est cette disposition à être tranquille d'esprit, en paix. C'est cette capacité à être avec l'autre dans une relation où l'autre nous aide à nous sentir plus intelligent.

La deuxième : la capacité à gérer des relations

Cela consiste à construire une relation saine, exempte de manipulation, sans laisser aller à une manipulation qui chercherait à réduire l'autre à un objet de pouvoir ou de séduction.

La troisième : l'aptitude à comprendre les problèmes et les enjeux de son client

Rien à voir avec des offres ou des méthodologies, on y voit ici de l'intelligence relationnelle, de l'empathie. Il y faut une connaissance du domaine d'activité ou du métier de son client. Pas besoin d'être un expert du domaine, mais de garder une posture de généraliste qui peut accompagner le client dans sa problématique sans se substituer à lui.

La quatrième : maîtriser les techniques propres à l'exercice du métier

Plus que de maîtriser, il s'agit d'incarner. D'avoir la crédibilité, grâce à l'expertise et la capacité à trouver les bonnes approches sur mesure à chaque problème ou enjeu soulevé.

Comme souvent dans nos métiers de relations humaines, le savoir-être compte un peu plus que le savoir-faire.

De quoi identifier nos sources de progrès.


Celui qui sauve plus de vies qu’un chirurgien

EmpathieJe reprends cette citation de Tom Peters, qui l’utilise dans ses présentations ainsi que dans son livre, « The Excellence Dividend ». Cette image n’est pas destinée à diminuer toute reconnaissance envers les chirurgiens qui sauvent, bien sûr, de nombreuses vies.

Mais elle parle d’autre chose : du management.

Car on imagine aisément comment un mauvais manager peut causer tellement de mal à une quantités d’employés et de subordonnés tout au long de sa carrière, peut-être des centaines ou des milliers, avec parfois des situations dramatiques. Et cela souvent en toute impunité. Car les collaborateurs découragés, les employés qui n’ont pas pu révéler complètement leur potentiel, même s’ils souffrent parfois, ne vont pas toujours se plaindre, voire ne le pourront pas. Certains ne s’apercevront même pas du mal qu’ils ont subi. Pour eux, le management, c’est celui de leur chef, ils n’en imaginent pas d’autre. Alors, ils rongent leur frein et plient l’échine. Ils ne connaîtront jamais tout ce qu’un excellent manager leur aurait permis de devenir. Et ils resteront avec ces managers, qui ne sont pas non plus des êtres méchants, pas tous, mais tout simplement qui ne savent pas manager. Ni inspirer leurs collaborateurs. Ils sont parfois eux-mêmes les descendants de mauvais managers qui ne leur ont rien appris non plus.

Alors, forcément, inversement, et c’est le credo de Tom Peters depuis plus de trente ans, le management, l’excellence du management, c’est ce qui permet à un grand nombre d’individus d’accéder à des opportunités de croissance et de développement personnel, comme de passer de l’ombre à la lumière.

Mais c’est quoi exactement ce management excellent ?

Ce manager, c’est un peu comme le réalisateur d’un film. Tom Peters cite le réalisateur Robert Altman, qui disait, lors de la cérémonie de remise d’un Oscar :

« Le rôle d’un réalisateur est de créer un espace où les acteurs et actrices peuvent devenir plus que tout ce qu’ils ont été auparavant, plus que ce qu’ils avaient rêvé de devenir ».

En lisant et relisant cette citation, tout manager prend conscience que rechercher l’excellence dans le management correspond à un véritable effort humaniste. A l’heure des big data et des machines « intelligentes », qui remplacent l’homme dans de nombreuses tâches, voilà un défi qui reste de notre responsabilité. Et qui fait et fera la différence. Tout le reste est finalement, si l’on suit Tom Peters, accessoire.

Le paradoxe, c’est que c’est art du management ne s’apprend pas dans les écoles de commerce et d’ingénieurs, mêmes les plus prestigieuses. Pourtant, au début de leur carrière, les élèves de ces écoles raflent les meilleurs jobs dans les entreprises, ce sont les cadres à potentiels, les consultants juniors que l’on veut embaucher dans les firmes de Conseil. Et puis dix ou quinze après, ou même avant, on va aller chercher les profils de designers, de sociologues, de philosophes, d’anthropologues.

C’est ce qui fait dire que le management est un art libéral, qui n’est pas contraint par une forme d’enseignement scolaire particulier. Tout le monde peut y avoir accès. Mintzberg, un auteur particulièrement influent dans l’enseignement et la Recherche en management, dit même qu’un diplôme en philosophie est la meilleure préparation pour le « business leadership ». Car il est sûrement vrai que les programmes des écoles prestigieuses accordent une part importante aux analyses quantitatives, ce qu’adorent les étudiants. Et ils adorent aussi ensuite, dans leurs premiers jobs, faire des « analyses quantitatives », éplucher les chiffres, convaincus pour certains que plus ils seront calés en analyses et en chiffres, plus ils seront compétents. Pour ce genre d’étudiants et de juniors, tout ce qui s’apparente à du « soft », les aspects humains, les sujets d’organisation, les relations entre les personnes, l’art du contact et de l’empathie, sont des distractions inutiles par rapport à la vraie vie, les chiffres, les « business plans », les calculs.

Oui, mais combien faut-il de temps pour être cet « excellent manager » ?

Tom Peters a un chiffre : 5.

5 décennies ?

5 ans ?

Non, non.

Son chiffre, c’est : 5 minutes !

L’excellence, c’est votre prochaine conversation, votre prochaine réunion, c’est vous taire et écouter, vraiment écouter, c’est de dire « Merci » pour une toute petite chose, c’est la prochaine fois que vous apporterez des fleurs à votre bureau (ou non), c’est votre envie de comprendre ce que font les autres dans les autres départements de votre entreprise (ou non), c’est votre capacité à transformer des moments insignifiants en modèles d’EXCELLENCE.

L’EXCELLENCE n’est pas un but lointain que l’on atteint après des années de pratique, après un parcours professionnel de travail acharné. L’EXCELLENCE est un mode de vie, qui nous inspire jour après jour, minute après minute.

Alors, que faire dans les cinq minutes ?

Pour exprimer mon engagement, que faire dès lundi matin à mon arrivée dans les bureaux de mon entreprise, de mon employeur. Rien de plus simple qu’un sourire. Pas si facile si on a tant de choses à faire, des réunions, des délais à respecter, des engagements. Avec toutes ces choses à faire sur l’agenda, très chargé, on n’a pas trop le temps. Pas facile de prendre le temps de sourire et d’échanger des plaisanteries avec les collègues.

Pourtant ce premier sourire de la journée sera peut être le meilleur investissement vers l’excellence et le management.

Pour Tom Peters, l’attitude du matin est la plus grande décision de notre vie. Surtout pour tous ceux qui veulent être ou devenir des managers « excellents ».

Alors ?

Et si ainsi l’on sauvait plus de vies qu’un chirurgien ?


Robots : le frisson de l'angoisse du futur

RobotsAvec le développement des nouvelles technologies, du monde des « Data », de l’intelligence artificielle, on parle de plus en plus des robots, et il s’en produit chaque jour de nouveaux. On connaît déjà Nao, Paro ou Pepper, qui accueillent les clients, avec plus ou moins de bonheur, dans les magasins ou les hôtels, mais aussi qui sont les compagnons des pensionnaires des maisons de retraites.

C’est une vieille histoire, cette fascination de l’homme pour donner vie à un compagnon artificiel. La littérature et le cinéma ont beaucoup aidé à développer cet objet de fantasmes.

Laurence Devillers, dans son ouvrage « Des robots et des hommes – Mythes, fantasmes et réalité », en retrace l’histoire et en éclaire les perspectives pour le futur, de plus en plus proche. Fascinant.

Déjà, d’où vient ce terme de robot ?

Laurence Devillers nous rappelle qu’il vient du tchèque robota, qui veut dire corvée. C’est l’idée que cette drôle de machine va travailler à notre place. Et donc générer cette peur qu’elle nous remplace. Mais c’est aussi une idée d’inspiration pour les artistes. Ainsi de la légende du sculpteur Pygmalion qui, ne trouvant pas de femme à son goût, crée une sculpture à l’image de la femme désirée. Et, Aphrodite ayant donné vie à cette sculpture, voilà notre sculpteur qui tombe amoureux de sa création. C’est le mythe classique de l’imitation de la nature par la technique, montrant la part de subjectivité dans l’apprentissage.

C’est aussi de ce mythe qu’est née la légende du Golem, née à Prague en 1580 : c’est le nom usuel pour désigner une créature humanoïde créée à partir de matière inerte par une sorte de magicien.

Mais derrière ce mythe, il y a aussi une angoisse, que l’on retrouve encore aujourd’hui avec nos robots contemporains.

Ainsi, le Golem, « embryon » en hébreu, est dans la mystique juive un être artificiel, dépourvu de libre arbitre et incapable de parole, qui est façonné pour assister ou défendre son créateur. Mais voilà, dans ce mythe, le temps passant, le Golem se montre de plus en plus violent dans Prague et terrorise la population. Alors le rabbin Maharal, son créateur, accepte de « désactiver le robot » en échange de l’amélioration de la situation de la communauté juive. Cette légende est une bonne illustration du rôle d’apprenti sorcier que nous pouvons avoir, et le risque de ne plus maîtriser nos créations ou inventions. On a encore ça aujourd’hui lorsque l’on parle de manipulations génétiques, et d’intelligence artificielle, et même avec la PMA et la GPA : la peur d’aller trop loin.

Laurent Testot, dans son récit «  Cataclysmes – Une histoire environnementale de l’humanité » nous donne un nouvel éclairage sur cette histoire de robots. Il raconte comment, dans les années 1815-1816, on assiste à un passage de relais entre la nature et l’humanité : c’est en gros à partir de ce moment que l’homme va devenir le principal agent de transformation du globe. A partir de 1818, l’humanité dans son ensemble va devenir l’agent géologique : c’est à partir de là que la révolution industrielle va initier cette émission massive de gaz à effet de serre d’origine humaine dont on parle tant aujourd’hui. L’humain monte en puissance dans le monde physique, et ça ne va plus s’arrêter.

Ce phénomène de prise de pouvoir par l’homme de la Nature est repris, voire précédé, par la fiction. Laurent Testot rappelle ce concours lancé en 1816 par Percy Shelley, son amante Mary Godwin, plus connue sous son nom ultérieur d’épouse, Mary Shelley, et Lord Byron qui partage avec le couple ses soirées mondaines sur le Lac Léman. Le temps est exécrable, cent trente jours de pluie entre avril et septembre. Le Lac Léman déborde et inonde Genève. Lord Byron s’extasie sur la puissance « tellurique » des tempêtes. Les tableaux de William Turner et d’autres peintres dévoilent des ciels au rouge surnaturels, dont des analyses récentes confirment la fidélité chromatique de leurs œuvres. On attribue cette situation à la grande quantité de matériaux projetés dans la stratosphère par l’explosion du Tambora ( volcan sur l’île indonésienne de Sumbawa) qui désintègre la montagne et la remplace par un cratère de six kilomètres de diamètre et profond de plus d’un kilomètre.

Ce concours est lancé alors que Percy, Mary et Byron débattent de leur obsession de fin du Monde dans leur chalet au-dessus du Lac Léman. Ce concours doit désigner celui qui saura le mieux dépeindre l’horreur entrevue derrière les trombes d’eau incessantes et le froid mordant de cet été 1816 ( la température a chuté de 1 à 7% selon les régions du monde, lors de cet été 1816 et on parlera en Europe de « l’année sans été »). Byron va dépeindre une apocalypse marquée par des journées crépusculaires, des guerres pour la nourriture, et une Terre stérilisée. Percy Shelley, persuadé que la Terre se refroidit, imagine les glaciers progresser et recouvrir la Terre. Mais c’est la jeune Mary Shelley qui va l’emporter avec sa nouvelle : Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Cette nouvelle parle d’extinction de l’humanité, alors que la banquise recouvre le monde. Et aussi de la création par le Docteur Frankenstein d’une nouvelle espèce, potentiellement immortelle, animée par l’électricité dérobée à la foudre. C’est un Golem produit, non plus par la matière et la mystique, mais par la science. Alors que le rabbin avait la possibilité de « débrancher le Golem », le Docteur Frankenstein, dévoré par son ambition d’égaler Dieu, n’a pas prévu de coupe-circuit pour sa créature. Sa créature va lui échapper. Elle tente au début de s’intégrer à la population, mais est rejetée en raison de la peur qu’elle inspire. Et elle va donc se mettre à haïr les humains qui l’ostracisent, et en devenir meurtrière. Elle exige ensuite de son créateur qu’il fabrique une compagne pour briser sa solitude. Frankenstein acquiesce, avant de s’apercevoir que cela risque d’entraîner une descendance de sa créature qui supplantera l’humanité d’autant plus facilement que le froid croissant laisse les humains indifférents. Le Docteur détruit alors sa nouvelle création. Il meurt dans un monde glacé, en traquant la chose qu’il a façonnée.

C’est ainsi que Mary Godwin, dans ce récit sur fond de trouble climatique, pose, dès 1816, ce dilemme que nous vivons, et que nos descendants vivront encore plus, face à tous ces androïdes et intelligences artificielles qui pourraient être mieux adaptés que nous, les humains, à un monde altéré.

On retrouve cette histoire dans le roman de Marc Dugain, « Transparence », publié en mai dernier. Elle met en scène, dans un futur proche,  une société du Numérique, baptisée Endless, qui a créé un programme qui consiste à transplanter l’âme humaine dans une enveloppe corporelle artificielle. Ces robots copies conformes des humains seront à même de sauver l’humanité, en se comportant mieux que les humains eux-mêmes, et en étant immortels. La découverte est tellement révolutionnaire que Endless rachète Google. Un roman , bien que pas très bien écrit, qui fait réfléchir. 

Du Golem à Frankenstein, et aux robots modernes et futurs animés par l’intelligence artificielle, on n’a pas fini de projeter nos angoisses de fin de l’humanité dans le futur.


Le temps passe-t-il vraiment plus vite ?

TempsDans nos actions quotidiennes, nos décisions et nos choix, ce ne sont pas nos valeurs qui nous guident, mais, la plupart du temps, notre agenda. Ce qui nous pousse à agir et à fixer nos priorités, ce sont le cadre temporel, les dates limites. Et, alors que les progrès technologiques nous permettent constamment un gain de temps (on pense aux transports, aux moyens de communication, aux processus de production), nous semblons toujours pressés, en retard. On ressent une impression d’accélération de la vie, du monde.

C’est à ce paradoxe que Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand, a consacré ses recherches, notamment dans son livre « Accélération – Une critique sociale du temps ». Il en est devenu la référence sur le sujet.

Un des problèmes qu’il a analysés, c’est que, puisque l’on peut produire plus rapidement, on produit plus. Par exemple, rédiger un e-mail prend deux fois moins de temps que de rédiger une lettre, et permet aussi de l’adresser à son destinataire plus rapidement, et donc là où l’on mettrait deux heures pour rédiger dix lettres, il suffira d’une heure pour rédiger dix e-mails. Mais le problème c’est qu’au lieu de gagner une heure, on va prendre deux heures pour rédiger vingt mails. Même chose pour la voiture. Elle permet d’aller plus vite qu’à pied, alors on va plus loin, et ainsi nous passons autant de temps, voire plus de temps, dans la voiture que nos ancêtres en passaient jadis pour marcher.

L’accélération vient du fait que la quantité d’actions que nous réalisons dépasse celle de la vitesse à laquelle on peut les maîtriser : On n’écrit plus vingt mails au lieu des dix lettres, mais cinquante ou cent. Et c’est pareil pour le reste. D’où le débordement.

Si cela permet de diagnostiquer le phénomène de l’accélération perçu, cela ne donne pas l’explication du « pourquoi ? ». Pourquoi se met-t-on à écrire ces cinquante mails ? Pourquoi notre voiture nous conduit-elle toujours plus loin ? Quelles sont les origines ? Cela nécessite d’aller un peu plus loin dans l’analyse.

Pour répondre globalement, au-delà des explications individuelles, Hartmut Rosa évoque un processus qu’il appelle « l’accélération sociale ». Cette accélération sociale combine trois formes distinctes : l’accélération technique (on produit plus vite, on communique plus vite, les transports sont plus rapides), l’accélération du changement social ( les modes passent plus vite, les nouveautés sont plus importantes), et l’accélération du rythme de vie ( correspondant à une augmentation du nombres d’épisodes d’action et/ou d’expériences vécues par unité de temps, qui se manifeste par l’accélération de l’action elle-même - on marche plus vite, on mastique plus vite, on lit plus vite…- ou par la réduction de la durée des pauses et des temps morts entre nos activités, ou encore par la réalisation de plusieurs tâches simultanément). Et chacune de ces accélérations nourrit les autres. Ce qui provoque, autre concept de l’auteur, une « compression du présent ». Si l’on considère que le passé est « ce qui n’est plus » et le futur « ce qui n’est pas encore », le présent est la période où les conditions de l’action sont stables.  La compression du présent correspond ainsi à une diminution de cette durée pendant laquelle « règne une sécurité des attentes concernant la stabilité des conditions de l’action ».

D’où ce sentiment de « pression temporelle » : on a l’impression de disposer de moins de temps pour les actions individuelles, et que « le temps passe plus vite ». On explique alors ce sentiment de pression temporelle de deux manières : soit par la peur de manquer de quelque chose, soit par une contrainte d’adaptation.

On voit bien à quoi correspond cette « peur de manquer de quelque chose », qui provoque ce désir de profiter au maximum des possibilités du monde, de multiplier les expériences, pour avoir une vie la plus riche possible, et donc vivre le plus vite possible en s’occupant en permanence. C’est ainsi que ceux qui sont atteints de ce syndrome ont l’impression de vivre pleinement au niveau de leurs possibilités quand leur agenda est le plus plein possible, les réunions succédant aux réunions. Ceux là attendent la rentrée avec impatience.

Une autre peur, qui conduit aux mêmes effets, est celle de ne plus être dans le coup et de décrocher, avec l’impression, jolie expression de l’auteur, de « se trouver sur une pente qui s’éboule », précisément à cause du phénomène de compression du présent. Nos savoirs sont constamment menacés d’obsolescence, et nous nous sentons menacés d’accumuler des retards qu’on ne pourra plus combler. C’est cette crainte aussi que pendant une absence, en vacances par exemple,  il se sera passé quelque chose d’important, qu’il va falloir rattraper en lisant tous les mails accumulés que l’on n’a pas lus. On est alors convaincu que la modernité nous oblige à vivre vite.

Et puis, pour certains, « ne pas avoir une minute à soi », c’est un signe de noblesse, la preuve que l’on est sollicité et productif. Le manque de temps est ainsi engendré, ou renforcé, par les relations sociales. Peut-être cela est-il néanmoins en train de se renverser car, si jusqu’à présent, et pour certains cela va durer encore longtemps, être plus rapide est synonyme de meilleur, on voit se développer aussi une nouvelle marque de distinction incarnée par la lenteur. Celui qui aurait les moyens de prendre son temps, de décider d’être joignable comme il l’entend, de disposer de ressources libres préservées, prendrait alors l’avantage. Mais ce type d’individu est encore souvent considéré comme un marginal face à ces « hommes pressés ».

D’autant que vivre vite est souvent perçu comme un devoir presque « citoyen », dans de nombreux domaines. Hartmut Rosa reprend des expressions qui nous sont familières comme « Je dois à tout prix recommencer à lire », « Il faudrait que j’apprenne une langue étrangère », « il faudrait que je revoie mes amis », « il faudrait que j’aille plus souvent au théâtre ». A chacun de compléter.

Ces analyses intéressantes de l’auteur ne disent pas ce que l’on doit faire. Il est très dubitatif sur toutes les techniques individuelles de « gestion du temps », au moment où il met en évidence que c’est maintenant la puissance de l’échéance (ces fameuses deadlines), qui détermine l’ordre de succession des activités, professionnelles comme de loisirs. Ce qui fait que objectifs que l’on se fixe non liés à des délais ou à des deadlines sont peu à peu perdus de vue, au point de laisser le sentiment vague que « l’on n’arrive plus à rien faire ». Au point qu’il nous faut tout le temps « éteindre les feux » qui renaissent au fil des contraintes de coordination de nos activités, et que nous ne parvenons plus à développer de projets à long terme et encore moins à les suivre.

C’est ainsi que si nous adhérons à des valeurs élevées pour certaines activités et modes de vie (les promenades en mer, le théâtre, l’engagement citoyen, etc.), cette hiérarchie de valeurs ne se reflète pratiquement pas dans la hiérarchie des préférences qui s’exprime effectivement dans nos activités. Et c’est comme ça que certains consacrent leur temps à des activités qu’ils considèrent comme de peu de valeur, et dont ils ne tirent qu’une faible satisfaction. L’auteur cite aussi le cas, par exemple, de ceux qui passent du temps à regarder des séries à la télévision, et qui en ressentent a posteriori un sentiment de vide.

Bon, c’est la rentrée bientôt. La pression temporelle va pouvoir refaire surface.

On se dépêche ?


Robespierre n'aime pas les abeilles

AbeilleQuand il s’agit de parler d’intérêt général, nombreux sont ceux qui considèrent que celui qui en est le seul garant en dernier ressort ne peut être que l’Etat. A l’inverse, la société civile, le lieu de l’entreprise privée et du commerce, c’est plutôt celui des intérêts privés. L’entreprise et les entrepreneurs ne sauraient être de confiance dans cette vision.

Dans cette conception, la meilleure loi est donc celle qui vient du haut vers le bas, de l’universel vers le particulier, de l’Etat vers les individus.

Et un des textes les plus représentatifs de cette belle vision est celui du discours de Robespierre prononcé le 5 février 1794 devant la Convention (18 pluviôse an II), et qui est partiellement reproduit par Luc Ferry dans son dernier livre, co-écrit avec Nicolas Bouzou, « Sagesse et folie du monde qui vient ». Ce discours vante ainsi le gouvernement de la vertu, et de son corollaire, la terreur :

«  Nous voulons substituer dans notre pays la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un peuple aimable, frivole et misérable, c’est-à-dire toutes les vertus et tous les miracles de la république à tous les vices et à tous les ridicules de la monarchie… ».

Et pour exercer cette noble ambition, la suite du discours nous en fournit les bases :

« Il faut étouffer les ennemis intérieurs et extérieurs de la république ou périr avec elle. Or, dans cette situation la première maxime de votre vie politique doit être qu’on conduit le peuple par la raison et les ennemis du peuple par la terreur. Si le ressort du gouvernement populaire dans la paix est la vertu, le ressort du gouvernement populaire en révolution est à la fois la vertu et la terreur, la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante. La terreur n’est pas autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible. Elle est donc une émanation de la vertu. Elle est moins un principe particulier qu’une conséquence du principe général de la démocratie appliqué aux plus pressants besoins de la patrie…La lenteur des jugements équivaut à l’impunité, l’incertitude de la peine encourage tous les coupables ».

Les tenants de cette vision ont bien sûr abandonné le volet « politique de la terreur », mais l’ont remplacé par la dénonciation de l’immoralité du « rentabilisme » inhérent à l’individualisme libéral, et en appellent toujours à la vertu, au retour de l’intérêt général contre les intérêts privés. Leur conviction reste, comme celle de Robespierre, que le bien commun ne peut pas être engendré par le jeu des intérêts privés.

Reste-t-il de quoi défendre le libéralisme ?

Une source célèbre, citée aussi par Luc Ferry dans le même opus, est la fameuse « fable des abeilles » de Bernard Mandeville, penseur néerlandais, en 1714.

Dans cette ruche décrite par Mandeville, les abeilles s’activent en poursuivant leurs intérêts personnels de la façon la plus égoïste qui soit. Mais, malgré ces égoïsmes, et même parfois la corruption, la ruche est d’une prospérité sans égale. Chacun en bénéficie, y compris les plus pauvres. Mandeville décrit ainsi les activités de chacun. Ainsi les avocats et juristes, qui sont occupés à entretenir des animosités pour s’enrichir. Idem des médecins qui « préfèrent la réputation à la science et les richesses au rétablissement de leurs malades ». En clair, ces abeilles ont tous les vices (ce sont les "fripons" dont parle Mandeville). Mais justement : « Chaque ordre était ainsi rempli de vices, mais la Nation même jouissait d’une heureuse prospérité…Les vices des particuliers contribuaient à la félicité publique…Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. La vanité, cette passion détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore ».

Mais voilà qu’une abeille plus vicieuse encore invoque l’aide de Jupiter pour lui demander d’accorder la probité à la ruche. Jupiter leur accorde ainsi, d’un seul coup d’un seul, la vertu morale la plus parfaite. Et les abeilles deviennent alors, comme dit Luc Ferry, « des espèces de mère Teresa ». Et, comme on peut s’y attendre, la ruche va bien sûr en mourir. Les premières victimes sont les juristes : la morale régnant partout, il n’y a plus de procès. Même chose avec les prisons qui se vident, et les gardiens qui disparaissent. Mais aussi les guichetiers, les serruriers. La vanité disparue, fini le luxe, finis les drapiers, les domestiques, les peintres, les sculpteurs. Plus de prêtres pour confesser les fidèles. On l’a compris, c’est la fin. (Pire que les ravages supposés de l’Intelligence artificielle et des robots aujourd’hui).

Et donc, la conclusion de Mandeville :

« Quittez donc vos plaintes, mortels insensés ! En vain, vous cherchez à associer la grandeur d’une nation avec la probité…Il faut que la fraude, le luxe et la vanité subsistent si nous voulons en retirer les doux fruits…Le vice est aussi nécessaire dans un Etat florissant que la faim l’est pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une nation célèbre et glorieuse ».


Pour le libéral adepte de Mandeville, la loi n’est pas celle qui va de haut en bas, mais celle qui consacre les réalités de la société civile (donc du bas vers le haut). A titre d’exemple, Luc Ferry cite la loi Veil sur l’avortement, qui a consisté précisément à mettre en accord le droit avec l’évolution des femmes. La bonne loi est ainsi celle qui vient de la société civile, l’Etat étant comme le notaire qui l’enregistre et la consacre.

Cette opposition entre la vision par le haut de l’intérêt général, par ces représentants de l’Etat qui se prennent pour Robespierre, et celle des abeilles libérales de la ruche, dont les intérêts et vices privés font prospérer la communauté et enrichir la société, elle sévit encore aujourd’hui, on le voit bien. Et on la retrouve même dans la conception, et surtout l'exécution, de la stratégie et du développement de nos entreprises. Faut-il s'y prendre par le haut, ou par la co-construction ?(sûrement un peu les deux finalement). 

Et les débats sur l’intérêt général, à l’heure des discussions sur la définition du progrès et l'environnement, s’y alimentent à ces mêmes sources, même sans le savoir.

Alors, êtes-vous plutôt Robespierre ou Mandeville ?


Panne des sens

EssenceJuste avant les vacances d’été, certains dirigeants ont déjà préparé leur plan de « transformation », ou juste l’envie d’en « lancer » un (oui, les plans de transformation, pour certains, ça se lance comme un javelot dans un stade olympique !). Même la presse en parle, annonçant sans rien en dire que telle entreprise « prépare un repositionnement stratégique, qui sera dévoilé fin octobre ». Repositionnement stratégique, c’est encore plus lourd que transformation. Certains PDG annoncent eux-mêmes le film : « Nous allons dévoiler notre plan stratégique qui accélèrera le développement du groupe de manière plus ciblée dans les zones d’activité où nous allons investir, à fort potentiel de développement de chiffre d’affaires et à forte rentabilité » (Antoine Frérot, PDG de Veolia, dans Le Figaro du 2 août). Du suspense.

Mais revenons à ceux qui parlent de leur « transformation ».

Les origines sont multiples : celui-ci vient d’arriver depuis trois mois, il veut marquer son ambition, sa vision, à ce poste. L’autre est déjà là depuis un an ou deux, il a développé le business, initié des projets, constitué une organisation, mais voilà, il sent maintenant le besoin d’un « nouveau souffle » (et derrière ce mot "souffle" j'entend inspiration et respiration), car tout ne marche pas parfaitement, ça avance mais encore trop lentement (oui, quand on veut faire des transformations, c’est que l’on trouve que ça ne va pas assez vite). Il aimerait donner à son entreprise l’agilité et l’accélération qu’il voit dans le modèle des start-ups. En faire quelque chose d’« exponentiel ».

Le premier a déjà écrit sa « vision ». Ses collaborateurs proches ont trouvé ça trop long (« c’est trop détaillé ; il ne nous restera plus rien à définir »). L’autre en est encore à y réfléchir, mais il a peur que les collaborateurs ne suivent pas (« Comment faire pour les mobiliser et les embarquer ? »).

Et puis il y a celui qui voudrait avancer encore plus vite dans toute sa vision mais se sent bloqué par « le permafrost du management intermédiaire » (sic). En gros ce sont ces collaborateurs qui freinent.

Finalement, ils ont tous cette question qu’ils gardent au chaud pour la « rentrée », quand ils se trouveront en vrai face aux collaborateurs : mais comment faire pour les « embarquer » ?

La question que l’on peut se poser : faut-il les « embarquer » ou les « inspirer » ? Bien sûr, ce n’est pas exactement la même démarche. Cela dépend aussi du regard que l’on porte sur ses collaborateurs. Sont-ils la courroie de transmission de ma vision ? Ou bien vont-ils eux-aussi participer et co-construire la transformation de l’entreprise ?

Parfois, pour s’inspirer et trouver les réponses, il ne faut pas se contenter de la réponse dans les livres de management, mais explorer aussi d’autres sources.

Simone Weil, dans la troisième partie de son ouvrage considéré comme son testament spirituel, « L’enracinement-Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain », qu’elle écrit en 1943, en pleine guerre, elle s’interroge : Quelle est la méthode pour insuffler une inspiration à un peuple ? (Oui, elle vise tout un peuple, en France, mais pourquoi ne pas s’en inspirer nous aussi ?).

Alors, que nous dit Simone Weil ?

Remontant dans l’histoire, on se rappellera les « solutions hâtives » improvisées en France en 1793 : fêtes de l’Être suprême, fêtes de la Déesse Raison, qu’elle qualifie de « ridicules et odieuses ». C’est ce qu’on appellera la propagande, et, en 1943, chacun a un exemple frappant sous les yeux : Hitler. Il est le champion qui a apporté sur cet art « une contribution durable au patrimoine de la pensée humaine ». Cette propagande, aujourd’hui travestie sous les habits de la « communication » interne et externe, elle sévit encore bien sûr.

Mais la propagande ne vise pas à susciter l’inspiration, loin de là. Comme l’indique Simone Weil, « elle ferme, elle condamne tous les orifices par où une inspiration pourrait passer ; elle gonfle l’âme tout entière avec du fanatisme ».

Mais si la propagande n’est pas une réponse pour susciter l’inspiration, il ne faudrait pas non plus en conclure que « l’inspiration est un mystère réservé à Dieu seul, et qui par suite échappe à toute méthode ».

Alors, s’il y a une méthode, quelle est-elle ?

Simone Weil utilise une métaphore avec les ouvriers et leur machine :

« Quand une machine s’arrête, un ouvrier, un contremaître, un ingénieur, peuvent apercevoir un procédé pour la remettre en marche, sans posséder une connaissance générale de la réparation des machines. La première chose qu’on fasse en pareil cas, c’est de regarder la machine. Pourtant, pour la regarder utilement, il faut avoir dans l’esprit la notion même des relations mécaniques ».

Concernant la France, cela se traduit en regardant la situation changeante de la France en ayant à l’esprit la notion de « l’action publique comme mode d’éducation du pays ».

L’éducation, cela consiste à « susciter des mobiles. Indiquer ce qui est avantageux, ce qui est obligatoire, ce qui est bien, incombe à l’enseignement. L’éducation s’occupe des mobiles pour l’exécution effective. Car jamais aucune action n’est exécutée en l’absence de mobiles capables de fournir pour elle la somme indispensable d’énergie. Vouloir conduire des créatures humaines-autrui ou soi-même-vers le bien en indiquant seulement la direction, sans avoir veillé à assurer la présence des mobiles correspondants, c’est comme si l’on voulait, en appuyant sur l’accélérateur, faire avancer une auto vide d’essence ».

Parmi les « moyens d’éducation », après avoir écarté « la suggestion » (utilisée avec succès par Hitler), Simone Weil privilégie ce qu’elle appelle « l’expression d’une partie des pensées qui, dès avant d’avoir été exprimées, se trouvaient réellement au cœur des foules, ou au cœur de certains éléments actifs de la nation ».

Alors que la suggestion est une emprise et une contrainte, qui est efficace grâce à la force dont le groupe d’où elle émane dispose ou qu’il se propose de conquérir, le procédé dont parle Simone Weil a plutôt « son fondement dans la structure cachée de la nature humaine » : C’est en entendant cette pensée hors de soi-même, mais qui me parle intérieurement, que j’en reçois une force décuplée, et une transformation intérieure. Et alors l’action qui va en découler n’est plus « collective » mais « personnelle ».

Qu’en dire pour nos dirigeants plongés dans la transformation ?

Observer la machine avec les ouvriers, les contremaîtres et les ingénieurs, c’est pour nous la façon de porter un diagnostic partagé sur la transformation à conduire.

Arrêter de vouloir appuyer sur l’accélérateur d’une voiture sans essence, c’est prendre conscience que fixer une direction ne suffit pas à transformer, encore moins à inspirer : Ce sont les mobiles profonds qui feront bouger et inciteront à l’action.

Pour communiquer ces mobiles, la méthode d’Hitler, faite de propagande et de suggestion, n’est pas la plus recommandable si l’on ne dispose pas de la force (et il faut une grande force, que même Hitler n’a pût mener à bout).

La méthode c’est celle qui va aller formuler, par celui à qui on attache de l’attention, et que l’on reconnaît, ce que chacun sentait sourdement en lui, et provoquer ainsi, avant la transformation de l’organisation, une transformation intérieure, personnelle.

C’est un travail d’éducation pour susciter les mobiles, et indiquer ce qui est avantageux.

Alors, pour inspirer dans la transformation, retenons qu’avant d’appuyer sur l’accélérateur, il faut mettre l’essence – les sens ? Le sens ? – dans la voiture – l’organisation et la communauté humaine de l’entreprise.

Trouver ce sens, c’est se poser la question du « Pourquoi ? » avant de se jeter sur le comment et le quoi. Et savoir extraire et partager ces pensées qui se trouvent au cœur des foules, ou de leurs éléments les plus actifs.


Le sujet et la personne dans un monde libre : un défi d’aujourd’hui

Statue-liberteC’est un des piliers du monde libre, celui qui protège la liberté. C’est la personne.

Car la personne n’est pas une notion naturelle, mais elle est construite, culturellement et juridiquement, pour constituer une fiction. Dans les sociétés non libres, les dictatures, la personne disparaît derrière les règles collectives (le collectivisme).

Le Monde, dans un article du 6 juillet  de Simon Leplâtre, relatait le développement de la reconnaissance faciale en Chine pour payer dans les supermarchés, et divers commerces. Carrefour estime que d’ici deux à trois ans 20% des paiements en général se feront avec cette technologie. Le fait que les données personnelles des personnes vont ainsi être collectées facilement ne semble déranger personne. Un professeur de l’Université de Pékin (qui préfère rester anonyme, bien sûr) donne l’explication : « La Chine est toujours collectiviste : les droits des individus appartiennent au collectif, c’est-à-dire au gouvernement, qui s’occupe de tout. Donc, les chinois n’accordent pas autant d’importance que les Occidentaux au respect de leur vie privée. Ils comptent effectivement sur le gouvernement, qui a adopté sa première loi de protection des données personnelles en 2017, pour les protéger : si leurs données personnelles fuitent, ils s’en prendront au gouvernement ». De toute façon, le débat sur le sujet n’est pas autorisé en Chine.

C’est pourquoi la personne est un pilier du monde libre. Et c’est ce monde libre que veut défendre Mathieu Laine dans son dernier livre, « Il faut sauver le monde libre ». Car pour lui, ce monde libre, ses valeurs, sont menacés aujourd’hui, notamment par la montée des « populismes ». Et, à cette occasion, il évoque cette formidable invention moderne de la personne.

C’est Michel Foucault qui est l’auteur de référence sur l’analyse de cette invention. Et, avant la personne, on a parlé du sujet. C’est à l’Antiquité grecque que l’on doit l’invention du sujet. Michel Foucault, cité par Mathieu Laine, analyse le sujet moderne à travers le dialogue de Socrate et Platon de l’Alcibiade. Ce dialogue se construit autour du « Connais-toi toi-même », provenant de l’Oracle de Delphes. Il faut s’examiner soi-même avant de pouvoir poser une question à la Pythie. D’où ce lien entre connaissance de soi et exercice du pouvoir qu’examine Michel Foucault. Et le centre de l’individu, c’est l’âme. L’individu n’est pas simplement son corps ou son visage, mais son âme, qui dépasse l’individu singulier pour révéler ce qu’il y a de divin en l’homme.

Puis, c’est la Renaissance, du XIVème au XVIème siècle, qui apporte un nouveau tournant majeur à cette émergence de l’individu : alors que l’homme du Moyen Âge ne se connaissait que comme race, peuple, corporation, famille, et donc sous une forme collective, c’est à la Renaissance qu’il s’émancipe des liens traditionnels (famille, clan, communauté). C’est maintenant l’homme qui devient la mesure de toutes choses.

Cela continue avec le XVIIIème siècle et les Lumières (Jean-Jacques Rousseau met le « moi » au centre de son œuvre. Puis le Romantisme du XIXème siècle, avec la révolution culturelle qui exalte la singularité.

Mais la personne, c’est plus que le sujet. Mathieu Laine nous rappelle que la personne humaine « est une construction juridique extrêmement inventive et salutaire pour statuer, règlementer et protéger le sujet ».

Elle est un pilier du monde libre car il permet de mettre la personne, toutes les personnes, quelle que soit leur condition, à l’abri des agresseurs et lui permet ainsi de s’épanouir librement.

Les personnes ont ainsi des droits, et sont ainsi des « sujets de droits », dotées de la personnalité juridique. Le droit est une pure fiction, dont le principal intérêt est justement de protéger le faible : Alors que le fort a pour lui sa force, le faible n’a que le droit pour se protéger. C’est pourquoi le monde libre fait émerger les forts, par le jeu concurrentiel du marché, mais protège aussi mieux les faibles.

Après, il y a débat pour savoir comment préserver la personne, y compris contre elle-même, sans attenter à la liberté individuelle.

Ce qui permet de s’y retrouver, ce sont les notions de consentement et de volonté.

Le consentement, c’est la manifestation de la pleine propriété de soi, dont je consens ou non à en faire ce que je veux. Oui, mais voilà, ai-je le droit de vendre mon corps ? De porter l’enfant d’un autre ? De décider de ma propre fin ? De me mettre en esclavage ? On voit bien les discussions, encore en vigueur aujourd’hui. Les libéraux les plus radicaux vont répondre oui à toutes ces questions ; d’autres y mettront des nuances. Et puis le consentement ne correspond pas forcément à ma volonté : je consens à prêter mon corps pour porter l’enfant d’un autre, mais c’est pour avoir une rémunération, et non ma réelle volonté propre. C’est pourquoi la loi vient limiter la patrimonialité de soi. Ainsi, en France, le Conseil d’Etat a traité en 1975 le cas du port obligatoire de la ceinture de sécurité. Deux citoyens avaient posé un recours au Conseil d’Etat arguant de leur droit de ne pas mettre la ceinture de sécurité. Le Conseil d’Etat a rejeté la demande, arguant que « la police générale n’a pas pour seul objet de protéger les tiers, elle peut aussi avoir pour but de protéger celui qui en est l’objet ».

Autre question d’actualité à l’ère du digital : nos données. En sommes-nous propriétaires ? Certains proposent que les plateformes du web nous rémunèrent pour l’utilisation de nos données. Mais d’autres font remarquer que nous n’avons pas à être rémunérés puisque nous postons librement nos messages et photos sur les réseaux sociaux.

Face à ces questions et à ces choix, des économistes et philosophes, tels que Amartya Sen, en appellent à former des adultes libres, émancipés, conscients et raisonnables, ayant ainsi la « capabilité » de la personne apte à choisir, à exercer pleinement sa liberté en réconciliant, notamment consentement et volonté.

Plutôt que de laisser notre liberté à un Etat et des foctionnaires qui décideront tout à notre place, croire en la liberté du monde libre, c’est œuvrer pour développer et étendre cette « capabilité", par l’éducation, la résistance à l’esclavage et à l’asservissement, la transmission de valeurs et l’exemplarité.

Tout un programme qui consiste à croire en l’homme et en la personne.