Economie du mouvement

MouvementAprés le "séminaire" du gouvernement, c'est Jean-Pisani-Ferry, commissaire général à la stratégie et à la prospective, qui soumet son rapport sur " la France dans 10 ans".  On en a vite oublié le contenu : quelques interviews, et terminé. Pas sûr que les propositions intéressent vraiment le Président de la République ou son Premier Ministre.

Un concept peut retenir notre attention, celui de : l'économie du mouvement.

On n'est pas sûr du tout que la croissance va revenir comme ça. Certains pensent que le ralentissement de l'économie en Occident, aux Etats-Unis et en Europe, sera durable; d'autres voient une vague d'innovations portées par la révolution numérique. Mais d'autres doutent que, si les innovations se réduisent à la production de jeux pour smartphones et à "candy crush", cela provoque une réelle poussée de croissance. Jean-Pisani-Ferry s'en tient à une croissance de 1,5% par an.

Il relève également que, en France, du fait de notre population d'ingénieurs, on a une culture de l'innovation radicale; on aime moins le "progrès incrémental" qui est plus apprécié en Allemagne. Et, notre culture sociale est celle de la stabilité : on n'aime pas trop changer... 

C'est pourquoi il pense que, pour s'en sortir, il nous faut définir une "économie du mouvement".

C'est quoi une économie du mouvement?

Les réformes en France sont toujours des réformes qui limitent leur ambition à ce qui est jugé accceptable par la population à ce moment; résultat : aprés chaque réforme, on attend la suivante. Et donc les comportements ne changent pas. Le mouvement viendra peut-être des nouvelles générations. Jean-Pisani-Ferry fait observer que 40% des 30-34 ans ont reçu une formation supérieure, alors ce n'est le cas que de moins de 20% des 55-64 ans. 

L'économie du mouvement, c'est celle qui va faire émerger plus de PME innovantes, qui va investir dans la Recherche et Développement, qui va faire sortir aussi des entreprises de taille intermédiaires. 

Pas faicile dans un pays où les français, selon Jean-Pisani-ferry, ne "croient plus à la croissance" : d'ailleurs les trentenaires d'aujourd'hui n'ont jamais connu la croissance depuis qu'ils travaillent. 

Tout ça, on l'a déjà lu et entendu de nombreuses fois. Mais on n' a pas encore vu beaucoup de propositions pour vraiment aider cette économie du mouvement : les seuils sociaux qui font peur aux entreprises intermédiaires, les rigidités salariales, tout ça subsiste. Et puis ce CICE, qui a permi de réduire les charges des entreprises en 2013, on va bientôt l'avoir oublié, et on va redevenir comme avant.

Alors, pour l'économie du mouvement, il reste toujours les mêmes : les entrepreneurs, ceux qui veulent oser, qui arrêtent ce qui ne marche pas, qui essayent toujours, prennent les risques,...Les entrepreneurs.

Ceux-là n'ont pas besoin du rapport de Jean-Pisani-ferry pour se motiver.

Mais alors, ce rapport su la France en 2025, il sert à quoi, à qui, finalement?


Comment sera le travail en 2030 ?

FutureofworkO

On le sait : les prévisions sont toujours difficiles, surtout lorsqu'elles concernent l'avenir (merci Pierre Dac). Cela ne décourage pas pour autant les prospectivistes.

La prospective, d'ailleurs, ne consiste pas à "prévoir" le futur mais à imaginer, à partir de tendances plus ou moins déjà perceptibles dans le présent, des combinaisons de facteurs, des scénarios plausibles, qui nous aident à réfléchir et à préparer l'avenir dans un environnement incertain

.C'est toute la démarche d'une étude récente sur le futur du travail, à horizon 2030, conduite pour l'Angleterre, par un institut de prospective (Z-Punkt), l'Université de South-Wales, et une organisation publique UKCES (UK Commission for Employment and Skills).On trouve tout ICI (la version ppt, la version résumée, et, pour les courageux, le rapport complet).

On peut facilement transposer ces éléments de l'Angleterre à d'autres pays européens, comme la France, car les tendances étudiées et mises en évidence sont tout aussi présentes, avec peut-être des variantes, sur notre territoire. Et puis, l'emploi, le travail, c'est d'ailleurs une des tendances, ne seront plus à considérer seulement pays par pays mais à l'échelle de l'Europe, voire du monde.

Une fois parcouru les hypothèses et scénarios, une chose au moins paraît certaine : pour les employeurs et les entreprises, la capacité à attirer et à conserver des talents de classe mondiale va être un facteur de plus en plus important de différenciation sur les marchés mondiaux.

Il est intéressant de parcourir, pour s'en convaincre, les treize tendances que les chercheurs ont analysées, regroupées en cinq types.

Tendances sociétales individuelles

1. Changement démographique : En Angleterre la population de 65 ans et plus va augmenter de 42% d'ici 2030, alors que la population des 16-24 ans ne va, elle, augmenter que de 3%. Les lieux de travail dans les entreprises vont naturellement devenir plus multi-générationnelles; quatre générations vont travailler en même temps.

2. Augmentation de la diversité : le rôle des femmes sur le marché du travail va continuer à s'accroître en nombre et en importance dans les hiérarchies.Les 2/3 de la croissance des jobs de haut niveau seront occupés par des femmes. Même phénomène sur l'immigration : les migtrations en Angleterre contribueront à plus de 10% de la croissance nette de la population.

3. Incertitude des revenus : Les salaires et revenus ont de fortes chances de baisser, avec de plus en plus d'inégalités. Les prévisions indiquent que la part de la richesse nationale captée par les 0,1% les plus riches va passer de 5% à 14% d'ici 2030 (toujours en Angleterre, mais les autres feront-ils différemment?).

4. Désir plus fort d'un meilleur équilibre vie professionnelle - vie personnelle : Cela se traduit par une demande de plus de flexibilité dans le travail. Flexibilité sur les horaires, le lieu de travail, les tâches. Cette possibilité de flexibilité va peser de plus en plus sur le choix d'un lieu de travail et d'un employeur.

5. Changement de l'environnement de travail : Les organisations des entreprises pourront être défaites et reconstruites rapidement. Les collaborations seront de plus en plus importantes, ainsi que les interactions entre collaborateurs. Le travail à distance se développera. Les jobs seront flexibles, avec les horaires flexibles, le télétravail.

Tendances dans lesTechnologies et l' Innovation

6. Convergence entre les technologies et les expertises : La frontière entre les disciplines va disparaître. L'informatique, les sciences de la vie, les sciences naturelles vont converger pour créer de nouveaux business models, avec des robots qui vont occuper des tâches aujourd'hui faites par des humains. 

7. Développement des Technologies de l'Information et de la Communication, et avènement du Big Data : Les performances vont continuer en termes de miniaturisation, de puissance de calcul, nanotechnologies. Les données seront de plus en plus nombreuses; les analyses des Big Data vont aussi changer les modèles.

8. Digitalisation de la production : Les process de production vont se transformer par la digitalisation; l'échange en temps réel de données entre les machines, les équipements, les objets connectés, et les en-cours de production, les systèmes de production et les usines vont devenir de plus en plus autonomes et automatisés. La décentralisation des process de production complexes sera une réalité gra^ce à de nouvelles techniques comme les imprimantes 3D.

Tendances du Business et de l'économie

9. Changement des perspectives économiques : Du fait de la globalisation et des changements technologiques l'économie et le système financier vont encore augmenter en complexité. Face à la volatilité des prix des matières premières, les entreprises devront plus que jamais pouvoir rendre leurs activités et chaînes de valeur de plus en plus résilientes, et s'habituer à l'incertitude.

10. Transfert vers l'Asie : Le poids économique du monde va basculer vers l'Asie, là où seront les croissances économiques les plus fortes, et les opportunités d'investissement les plus rentables. D'ici 10 ans, 40% des jeunes diplômés de l'OCDE seront en cHine et en Inde, alors que ceux de l'Europe et des Etats-Unis n'en représenteront que le quart.

11. Nouveaux ecosystèmes Business : Les entreprises vont devenir de plus en plus des "chefs d'orchestre de réseaux". Leurs capacités à connecter les expertises et les ressources, où qu'elles soient, seront plus importantes que les ressources qu'elles posséderont en propre dans l'entreprise elle-même. La plupart des innovations viendront de coopérations entre partenaires , à l'extérieur de l'organisation.

Tendances sur les ressources et l'environnement

12. Rareté des ressources naturelles et dégradation des écosystèmes : Le développement débouche sur un accroissement de la demande de ressources naturelles et de matières premières. On va donc avoir une volatilité des prix, et une recherche de solutions alternatives, qui vont bousculer les modèles d'entreprises.La surexploitation des ressources naturelles va augmenter les coûts d'extraction et de dégradation des écosystèmes.

Tendances politiques et règlementaires

13. Décroissance de l'action publique : les finances publiques étant limitées, et raréfiées, l'action publique va diminuer; moins de subventions, moins de redistribution, etc...Les actions privées et individuelles vont ainsi prendre plus d'importance. L'investissement dans le capital humain va être privé, y compris dans l'Education, de plus en plus.

Ces tendances, on les connaît toutes; on les a là, aujourd'hui, sous les yeux. Il n'est pas difficile d'imaginer combien elles vont impacter, à des degrés variables, toutes nos entreprises et le marché du travail, et pas seulement en Angleterre.

Et pourtant, combien d'entreprises, petites ou grands groupes, imaginent encore que le futur, c'est un peu plus de la même chose qu'aujourd'hui? C'est difficile d'imaginer les ruptures; et il est toujours trop tard pour réagir quand elles arrivent.

Alors, pas besoin d'attendre 2030, au contraire, pour être prospectiviste : c'est maintenant que les transformations se préparent et s'anticipent. Et il y a de quoi faire....


La croyance que tout est mesurable

Sur-mesureRappelons-nous Minority Report,le film de Spielberg où l'on arrête un criminel avant qu'il puisse commettre le crime. Grâce à leur capacité à prévoir le futur, les agents de Précrime arrêtent en effet les criminels avant qu'ils commettent leurs crimes. C'est comme ça que Washington, en 2054, a réussi à éradiquer la criminalité.

On pourrait se demander si ce n'est pas un tel monde que nous prépare le "Big Data" : cette confiance dans les chiffres, les analyses de données, pour prévoir et deviner les comportements, ceux des consommateurs, mais pourquoi pas ceux des futurs criminels, n'est-elle pas en train de nier toute liberté humaine. Sans aller jusqu'aux affaires criminelles, que dire des analyses de données qui décident qu'on vous accorde un prêt ou non, une assurance maladie complémentaire, comme c'est déjà le cas. Ce sont les données qui décident pour vous, et non plus nu banquier ou un assureur.

Certains pensent que le risque est réel, et ptroposent dès aujourd'hui des moyens pour s'en protéger.

Viktor Mayer-Scönberger et Kenneth Cukier (oui, encore eux) imaginent qu'une profession va se développer : celle des "auditeurs" de systèmes de données, ils les appellent les "algorythmists". Ils pourront être internes ou externes, et pourront être saisis pour des recours en cas de litige entre les organismes qui utilisent ces systèmes de données pour décider et les individus ou entreprises victimes de ces décisions un peu trop automatiques.

Mais une autre catégorie de personnes a aussi besoin d'être protégée : celle des personnes qui pensent que tout ne peut pas être déterminé par les données et la quantification.

Parmi ces personnes, Jean-Paul Allouche,  mathématicien et directeur de recherche au CNRS, qui a quitté avec fracas la société mathématique de France. Il a publié dans Le Monde fin janvier une tribune sur le sujet, comme un cri d'alarme : Non, tout ne peut pas être quantifiable : "Connaître n'est pas mesurer".

Cette croyance que pour connaître il faut mesurer, elle a la vie dure. Et c'est le combat de Jean-Paul Allouche.

On connaît ce credo des contrôleurs de gestion : ce que tu ne mesures pas, tu ne peux pas agir dessus. C'est paraît-il le philosophe Léon Brunschvicg (1869-1944) qui est à l'origine de la formule : Connaître, c'est mesurer. Avec les "Big Data", on est servis. Mais que faire des choses qui ne sont pas immédiatement quantifiables, et qui relêvent de la "qualité"? La réponse, ce sont les "indices", indice du coût de la vie, indice de la qualité de la vie, indice du bonheur, indice de l'espérance de vie. Et c'est preécisément contre ces indices que s'énerve Jean-Paul Allouche.Car ces indices, que l'on ne remet jamais en cause, sont le résultat de manipulations qui ne "mesurent" pas grand chose de trés scientifique.

Par exemple le "salaire moyen des fonctionnaires", que l'on va utiliser pour le comparer au "salaire moyen des autres salariés" (le privé), pour montrer qu'il est supérieur (quel scandale ! ), sans trop chercher à savoir si il est calculé "à diplôme égal" (ce qui n'est généralement pas le cas).

Pourtant ces mesures de la qualité par les indices sont devenues monnaie courante : les universités dans le classement de Shangaï, le bonheur par des indices composites, la qualité de vie pour classer les villes ( sui amène à classer au top des villes fleuries et au bon air, mais où l'on s'ennuie le soir et où l'on ne rencontre que des vieux). Pour Jean-Paul Allouche, tous ces indices sont des "fariboles, sornettes et billevesées". Car avec ces indices de "qualité", les agents s'efforcent  d'améliorer non pas la qualité mais plutôt l'indice qui prétend la mesurer.

Pour lui, le danger est bien plus grand qu'on ne le pense, cer non seulement ces indices ne mesurent rien de sèrieux, mais, pire, ils induisent des comportements néfastes.

Il tire quelques exemples savoureux du livre de Maya Beauvallet, "les stratégies absurdes. Comment faire pire en croyant faire mieux".

Ainsi cette mesure pour éviter que les parents ne viennent chercher leurs enfants à la crèche trop tard : le directeur décide de faire payer une amende proportionnelle au retard pour les retardataires. Résultat les retards explosent car les parents ont vite calculé que l'amende coûte moins cher qu'une baby-sitter.

Autres comportements pervers : ceux des "adorateurs de l'indice" qui vont tout faire pour s'y conformer.

" Une fois la mesure(ou l'indice) choisie et son infaillibilité posée en principe absolu et incontestable, se développe toute une confrérie d'adorateurs de l'indice qui, sous couvert de respecter les critères d'optimisation venus "d'en haut", donnent libre cours à leur autoritarisme haineux, faux prophètes d'une religion qu'ils cherchent à imposer comme une eschatologie ou un messianisme prétendument aussi souhaitables qu'inévitables".

Jean-Paul ne donne pas trop d'illustrations mais on voit bien qui il vise : tous ces calculs de "performance" dans la police, l'éducation, la justice, la santé, etc...Et le mal ne se réduit pas à la sphère publique. Les inventeurs d'indices, comme leurs "adorateurs", se développent en tous milieux.

Jean-Paul Allouche appelle cela la "caporalisation " de la société, intoxiquée par les "vérificateurs maniaques de bas étage".

Avec une telle charge, peut-être que l'on va faire un peu plus attention aux risques de cette croyance du "tout quantifiable".

A moins que quelqu'un invente un "indice" pour la mesurer et la contrôler...

AÏE !


L'état d'esprit Big Data : Inrix

Big datamindsetDans la chaîne de valeur du Big Data il y a ceux qui possèdent les fameuses données (et qui ne savent pas toujours quoi en faire), ceux qui savent les exploiter (ils connaissent les modèles statistiques notamment).

Mais il y a aussi une catégorie de personnes dont parlent Viktor Mayer-Schônberger et Kenneth Cukier dans leur ouvrage ("Big Data : a revolution that will transform how we live, work and think") : ce sont les personnes qui ont le "mindset" (l'état d'esprit) Big Data. Ce sont des entrepreneurs ou des consultants; ils n'ont pas les données, ni les compétences techniques pour faire les calculs, mais ils devinnent les usages et les business models qui vont permettre de transformer ces "Big Data" en "Big Business".

Les auteurs prédisent que les compétences, aujourd'hui trés recherchées, en management des bases de données, "datascience", "analytics", "machine-learning algorythms",vont trés vite se banaliser, au fur et à mesure que les outils s'améliorent et deviennent plus faciles à utiliser. Par contre, ce qui va vraiment faire la différence, et capturer de plus en plus de valeur, c'est ce fameux "Big Data mindset". Et aussi les "intermédiaires" : ceux qui sauront collecter les données de diverses sources et les faire parler, pour en faire des choses innovantes.

Un exemple : Inrix

Cette entreprise analyse les traffics routiers. Elle utilise des données de géolocalisation en temps réel à partir des données de plus de 100 millions de véhicules en Amérique du Nord et en Europe, venant de BMW, Ford, Toyota, mais aussi des taxis, des voitures de livraisons,...Sont également utilisées des données provenant des mobiles des automobilistes individuels (l'application Iphone est gratuite : l'automobiliste obtient des informations sur le traffic; en retour Inrix récupère ses coordonnées).

Mais ce n'est pas tout : Inrix utilise aussi des données sur la météo, l'historique du traffic, les évènements locaux, pour affiner encore son système de prévisions.

En collectant des données de firmes automobiles concurrentes, Inrix peut offrir un produit qu'aucune de ces firmes ne pourrait produire elle-même avec autant de fiabilité.De plus, ces firmes automobiles n'ont pas non plus forcément les compétences; d'où leur intérêt à fournir les données à un tiers, qui fournit ainsi un produit utile pour les gestionnaires de flottes, les gouvernements, les collectivités locales, mairies, les systèmes de navigation.

Mais les usages vont encore plus loin, la seule limite étant l'imagination : les analyses de traffic de Inrix servent aussi à mesurer la santé de l'économie locale, en offrant des informations sur le chômage, les ventes dans les magasins, les activités de loisirs. Quand il y a moins de traffic sur une zone d'emploi, c'est une indication sur le taux d'emploi et d'activité. 

Inrix est installée près de Seattle.

Reste à trouver ceux qui veulent faire la même histoire en France...

bienvenue aux "Big Data mindset".


Faut-il plus de données pour mieux manager ?

SemenceCes histoires de "Big Data" dont on nous parle en ce moment laissent une question sans réponse évidente : est-ce que le fait de pouvoir traiter et analyser des données de plus en plus nombreuses va nous permettre de meiux manager nos entreprises, nos équipes, et de de mieux satisfaire nos clients ?

Car jusqu'à maintenant, avant que l'on ne puisse faire des calculs sur un grand nombre de données, on s'est débrouillé.

Face à un problème, à une question, on est plutôt habitué à travailler à partir d'un échantillon de données, de questionnaires auprès d'une population réduite, mais bien choisie, pour faire les extrapolations qui vont donner les réponses.

Quand on cherche les tendances de vote pour les élections, on fait des sondages. Quand on veut vérifier la conformité d'un processus, d'une chaîne de production, on fait des tests sur échantillon. Et on maîtrise ainsi une marge d'erreur. Les statisticiens sont là pour nous fournir les bonnes métriques.

Si je veux connaître les comportements des utilisateurs de smartphones, j'envoie des enquêteurs pour en interroger, là encore, un échantillon. Et avec ça, je vais piloter le lancement de mes services, je vais faire des prévisions sur les consommations, le potentiel du marché.

Alors, le Big Data, ça va changer quoi ?

En fait, cela va tout changer. Et pour comprendre l'ampleur de la transformation, deux auteurs Viktor Mayer-Schönberger et Kenneth Cukler, sont les bienvenus avec leur ouvrage " Big Data, A revolution that will transform how we live, work and think". Un Must.

Car c'est vrai que nous nous sommes habitués à travailler avec peu de données pour résoudre nos problèmes. Prenez le recensement de la population : interroger toutes les personnes une par une, ça coûte cher; ce genre de campagne n'a plus lieu que tous les 3 ou 5 ans, parfois moins fréquemment. Le reste du temps, on estime, on extrapole.Et les modèles mathématiques des sondages nous enseignent que, à partir d'une taille d'échantillon donnée, si on ajoute le nombre de données, on apporte de moins en moins de précision. Et cette utilisation des échantillons, elle nous permet de manager pratiquement tous nos process dans nos entreprises..

Alors, ces marchands de Big Data, est-ce qu'ils ne seraient pas en train de nous balader et d'essayer de nous vendre des trucs inutiles, histoire de fourguer leurs programmes et gestionnaires de big big bases de données, que l'on moulinera comme des fous pour n'en tirer aucune décision vraiment différente de management?

 Ce serait un jugement un peu rapide. Viktor Mayer-Schönberger et Kenneth Cukler font remarquer que la technique des échantillonnages fait faire de grosses erreurs lorsque l'on cherche à analyser de plus en plus de sous-catégories au sein d'une population.Et, à l'heure où les comportements sont de moins en moins homogènes, où les sous-catégories, de plus en plus fines, de distinguent, cela devient un vrai problème. Cette "ménagère de moins de 50 ans" qui faisait le bonheur des publicitaires, elle disparaît; les comportements se différencient, d'autres critères de segmentation existent.

 En fait, certains métiers, et pas seulement les sondeurs, vont être bousculés par ce phénomène des Big Data : le fait que les données peuvent être collectées et traitées en grand nombre va aussi impacter les sciences sociales. Les experts vont perdre le monopole d'explication des phénomènes sociaux. Les analyses de big data à grande échelle vont se substituer aux consultations et enquêtes de ces "spécialistes" du passé.

On passe en fait d'un monde où l'on recherchait les causes des phénomènes et situations en allant chercher l'avis des experts en hypothèses, à un monde où les analyses de données vont mettre en évidence des liens et corrélations, où le jeu des données va construire des prévisions, sans revenir aux causes.

Pour Viktor Mayer-Schönberger et Kenneth Cukier, on aura toujours l'usage, bien sûr, des échantillons, mais ces usages vont diminuer au profit des analyses par les données en grands volumes.

L'usage nous dira si cette prédiction ( établie grâce aux big data?) se réalise....


Faut-il se mettre au "Big" ?

GrippeC'est devenu le nouveau mot pour faire du business, raconter des histoires, vendre des rêves de croissance et de nouveaux "business models".

Cela devrait faire trembler les firmes installées, et offrir des opportunités fantastiques à des nouveaux entrants plus malins, qui cherchent la rupture.

C'est le "Big Data". On parle même de "dataification" du monde.

 Le terme désigne tout simplement la collecte, l'exploration et l'analyse de grandes masses de données : des chiffres, bien sûr, mais aussi des textes, des images, des vidéos...et encore des gênes, des étoiles..;

Cela permet de rêver - ou de cauchemarder - à un paramètrage de nos existences et à une augmentation de nos capacités de prédiction dans tous les domaines : prévoir la localisation des individus, le traffic routier, les épidémies, les incendies.

Mais c'est aussi prévoir les comportements des consommateurs, les produits qui vont se vendre, et les autres, identifier les personnes les plus intéressantes pour les assureurs ( celles qui n'auront pas d'accidents, qui resteront en bonne santé, celles qu'on appelle "les bons profils"). 

De plus, avec l'amélioration des performances des systèmes, et la baisse des coûts de collecte et de traitement - les données sont la plupart du temps facile d'accés et gratuites - ces "Big data" ne sont pas réservées aux grosses boîtes ou aux agences d'espionnage; tout le monde, même la plus petite start-up, y a accès.  D'ailleurs les consultants et experts sont tous en train de persuader de nombreux acteurs de l'économie que leurs données, en grande masse, qui dorment chez eux, sont des pépites pour améliorer leurs diagnostics, leurs ciblages, leurs actions marketing. Tout y passe : la recherche thérapeuthique pour les industries pharmaceutiques, comme les publicités sur le web, l'estimation des primes d'assurances, mais aussi la prévention de la délinquance pour la police.

Les Etats ont bien compris le potentiel : les Etats-Unis ont annoncé un programme de recherche en 2012 "Recherche et développement big data", doté de 146 M€. En France la Commission Innovation 2030, avec Anne Lauvergeon, en a fait un des sept "défis d'avenir".

Deux questions restent apparemment encore incertaines : Comment va-t-on utiliser ces données? Et qui va les utiliser?

Comment utiliser ces données?

Trois propriétés des ces systèmes de Big data viennent perturber les informaticiens et les mathématiciens : le volume, la vitesse, et la diversité.

Le volume pose le problème de la capacité à faire des calculs sur des monstres de données, et aussi celui de la capacité à gérer une base de données géante. Google a pris de l'avance pour apporter les réponses, et populariser de nouvelles méthodes de développement comme Mapreduce, et Hadoop. Ces sujets de technologies et d'infrastructures sont, selon François Bourdoncle, CEO d'Exalead et copilote du plan Big Data en France, d'ore et déjà bien lancés.

Ce qui va contituer la prochaine vague, ce sont les solutions pour bien utiliser ces données. Et c'est là que l'on parle de vitesse et de diversité : La vitesse c'est ce qui permet de faire des mises à jour fréquentes des données comme les mots clés sur les pages web, ou les consultations des produits sur les sites marchands*; là encore, de nouvelles approches mathématiques sont nécessaires.

Quant à la diversité, cela concerne ce que l'on récolte sur un utilisateur : son nom, son âge, son adresse, la liste des sites web qu'il a visités, les commentaires qu'il a laissé, ses "like" sur facebook (il y en a trois millions par minute sur le réseau facebook), des photos, des vidéos,...Là encore les traitements sont plus compliqués. D'autant que ces données sont laissées sur des des smartphones, des tablesttes, des ordinateurs, et bientôt sur des objets connectés de toutes sortes. Impossible de rappatrier toutes les données en un seul endroit, - trop coûteux. On va alors développer des systèmes pour permettre aux "capteurs" de "bavarder entre eux pour diffuser des résultats partiels de voisin à voisin jusqu'au résultat final" ( comme indiqué dans un article du Monde de david Larousserie, paru fin janvier).

Autre problème : beaucoup de données , beaucoup de variables, de "connaissances" pour chaque individu, et qui changent tout le temps : de quoi perturber toutes les méthodes des sondeurs. C'est le phénomène du "fléau de la dimension".

Sur tous ces sujets, la Recherche est en cours. On ne sait pas encore tout. D'où cette nouvelle discipline porteuse de développement, qu'on appelle la "science des données". Des opportunités pour tous les informaticiens et mathématiciens.Ces talents deviennent de plus en plus précieux, sinon les entreprises qui possèdent toutes ces "big data" se trouveront perdues et ne sauront pas comment réellement les exploiter.

Qui va utiliser ces Big Data?

C'est un deuxième enjeu. 

Certains prédisent que l'accés aux données, de plus en plus facile et gratuitement, va permettre à de nouveaux acteurs de désintermédier en partie les acteurs historiques et de capter ainsi une partie de plus en plus importante de la valeur et des clients. Grâce à la connaissance de plus en plus fine de chaque client, il est possible de croiser les données personnelles des clients, Santé, habitation, habitudes,..et ainsi de proposer des produits d'assurance et d'assistance aux clients les "meilleurs", en laissant les personnes à problèmes aux compagnies classiques et historiques. De nouveaux acteurs pourront alors se glisser dans cette relation client, comme "front office". Avec comme conséquence le détournement des clients "bons profils". On peut alors imaginer le développement de ces plateformes "désintermédiées" dans de nombreux secteurs, y compris dans les services professionnels et le Consulting, comme Youmeo.

Ce phénomène ouvre des perspectives intéressantes et importantes. A chacun, grand Groupe, entreprise nouvelle, startup, de trouver les meilleures voies pour se lancer.

Mais certains sont aussi, déjà, en train de crier au loup, comme Pierre Bellanger, qui vient de publier "la souveraineté numérique". Pour lui, nous sommes en danger : nos données privées et personnelles sont mangées et exploitées gratuitement par les géants américains, qui créent de la valeur avec, et nous les revendent avec cette valeur. Pour lui, cela constitue un pillage inadmissible. Il faut créer une protection, des sortes de "droits d'auteur" sur les données privées et personnelles. Il faut, pour lui, se dépêcher de réguler de protéger la "propriété" des données; à commencer par rappatrier les serveurs en Europe, au lieu de les laisser aux Etats Unis.Pour lui, c'est simple, en laissant exporter nos données brutes, que nous réimportons sous forme de services, nous perdons le coeur de notre valeur ajoutée, le coeur de nos emplois, le coeur de nos services.

Bon alors, le Big : est-ce que ça va nous transformer, permettre aux entrepreneurs d'émerger, aux mathématiciens d'inventer, ou bien nous toucher au coeur?

Sûrement un peu de tout ça. Tout dépend de ce que nous en ferons.

Mais on ne peut pas s'en désintéresser : ouvrons un chantier "Que faire avec les Big Data?" dans toutes  nos entreprises.


Turgotines et VTC : toujours la même histoire

8_TurgotineEn 1774, le jeune Roi Louis XVI ( 20 ans) nomme contrôleur général des Finances ( équivalent du ministre des Finances), Turgot. 

Turgot, c'est celui qui a un plan en tête, et une doctrine : le libéralisme. Il veut libéraliser le commerce et les échanges, développer la concurrence, pour développer la prospérité économique.

En 1775, il s'attaque aux transports publics. 

A cette époque, les transports publics sont assurés par un système d'affermage, par des concessions particulières. Ce système de monopoles conduit à une incoordination entre les horaires, entre les tarifs, et lenteur dans les trajets, car le service est assuré par des voitures lourdes, démodées. Mais par contre il apporte des avantages et privilèges acquis à ceux qui exploitent ces services.

Pour améliorer cette situation, on peut penser à l'instauration d'une ferme générale qui administrerait l'ensemble ( genre on nationalise); c'est pas le genre de Turgot. On peut imaginer un système complètement libre, avec de la concurrence. Là, Turgot hésite car, comme le signale Edgar Faure dans l'ouvrage de référence qu'il a consacré à l'expérience ministèrielle de Turgot ( " la disgrâce de Turgot"), l'époque n'ayant jamais vu fonctionner le commerce libre, exagérait la crainte de la concurrence. Et il aurait fallu attendre un peu que se constitue un véritable réseau d'entreprises privées.

Alors Turgot imagine, comme une formule transitoire, un système de régie, avec à la clé les rationalisations nécessaires. A la place des multitudes de contrats qui existaient on instaure une formule simple et unique. On substitue aux vieilles voitures des voitures plus légères, plus rapides, plus confortables ( sur ressorts, qui rend le voyage plus confortable que les vieilles diligences). Ce sont ces voitures qui seront baptisées par le public les "turgotines".

Autre innovation, ces voitures seront tirées par des chevaux de poste : c'est le système de la Poste qui prend l'engagement de la régularité : les maîtres de poste sont astreints à " fournir les chevaux sans aucun retard et avec la célérité que le service exige". Les voitures doivent partir à heure fixe, désservir toutes les grandes routes; un vrai service moderne. Le service est meilleur, pour les exploitants, pour les clients...

C'est la création d'un véritable service de messagerie.

Tout est bon , non?

Et bien non, cette réforme est fortement combattue, et par qui, je vous le donne en mille : les transporteurs privés (que pourtant Turgot a prévu d'indemniser) , mais aussi tous les privilégiés qui gravitent autour du système. Edgar Faure cite ainsi le duc d'Aiguillon qui avait le privilège insolite de faire, à perpétuité, " rouler telle quantité de carosses, coches, cabriolets et calèches entre Paris et les lieux où seraient le roi, les enfants de France et ses conseils". Le genre de bon coup qu'on n'aime pas lâcher, c'est sûr...

Alors, ça crie de partout : on dit que vingt mille personnes vont se trouver ruinées; On reproche aussi à ce système de gêner la fréquentation des offices : les anciens entrepreneurs étaient tenus dans leurs contrats de procurer aux voyageurs la faculté d'entendre la messe...et la réforme des voitures vient perturber ce système..

Turgot ne se laisse pas trop impressionner par tout cela; le service se développe, et ses ennemis aussi ( c'est d'ailleurs la marque principale du ministère de turgot; il se met tout le monde à dos, d'où cette "disgrâce" qui interviendra en mai 1776, vingt mois aprés son arrivée au poste de contrôleur général.

Cette drôle d'histoire qui date de 1775, c'est la même que l'on retrouve aujourd'hui entre les taxis et les VTC...

Mais Turgot n'est plus là pour développer les "turgotines", et défendre la liberté contre les privilèges...


Pourquoi avons-nous besoin des artistes dans l'entreprise?

Zonefranche_On pense que pour que l'entreprise fonctionne au mieux, que les consultants soient les plus performants, il faut des experts, de plus en plus d'experts, et de plus en plus pointus...

Et si on devait garder une place pour les artistes et les dilettantes?

C'est un des sujets abordés dans mon livre " Zone Franche : quand management et culture se rencontrent" aux Editions du palio.

Et dans cette vidéo :