Le talent ne suffit pas
Ah Re !

Moral des troupes : histoire d'amour

Troie J'aime bien les conférences de l'Ecole de Paris du management, animées brillamment par Michel Berry.

On y trouve des orateurs souvent passionnants, et aussi une assemblée restreinte d'une vingtaine de personnes, souvent aussi intéressantes.

Vendredi dernier, le sujet était : " Manager le moral des troupes ?". Et nous avons eu droit à un témoignage de Jean-René Bachelet, ancien général de l'Armée de Terre, ayant participé à Sarejevo et à la guerre du golfe, particulièrement émouvant.

Il nous a communiqué sa conviction que, le moral des troupes, c'est fortement lié à "l'adhésion du coeur". C'est d'abord une histoire de confiance et de solidarité.

Solidarité horizontale, par ce sentiment d'appartenance collective. Tout est collectif dans le monde de l'Armée, avec cet "esprit de camaraderie", cet "esprit de corps", cette "identité collective". Tous ces termes qui font comprendre qu'il n'est pas possible d'être "isolé" (car être isolé, c'est se perdre).

Solidarité verticale aussi : car il serait erroné de croire, selon le général Bachelet, que l'Armée, c'est la force de domination du chef; non, c'est la "solidarité verticale" envers le chef, envers qui se crée une relation "ambigüe" (dixit le général) qui fait que l'on est prêt à le suivre, à lui obéir, jusqu'au bout, jusqu'à mourir (c'est comme à l'Opéra).

On l' a compris, ce qui fait le moral des troupes pour le général, la clef de voûte, c'est le chef.

Cette notion de chef, elle est comme sacrée.

Et ce qui fait cette valeur, cette force, du chef, ce sont deux choses :

- Le sens,

- Le style

Le sens, avec deux significations : la direction; le chef, c'est celui qui dit où l'on va aller, qui indique la direction, et qui inspire la confiance, en lui, en soi, parce qu'il indique cette direction.

Mais aussi, le sens, c'est la cohérence entre les valeurs de référence et l'action (on est ici dans la dimension de l'éthique).

Le style, c'est notamment aborder les difficultés sans gravité, c'est ce qui porte l'esprit de corps.

Le général Bachelet a terminé son exposé en nous livrant sa "vision de l'homme" : l'exercice de l'Autorité n'est efficace que s'il s'adresse aux trois composantes de l'homme : l'homme qui est un être matériel (avec des besoins matériels), un être pensant (rationnel), et un être "aimant" (émotionnel). Son expérience de l'Autorité, c'est celle qui sait s'adresser à ces trois sphères, et qui sait témoigner d'une forme d'"amour"..

Et quand il nous raconte, avec des accents à la Alain Decaux, ses combats et souvenirs dans des situations périlleuses, où des jeunes de 18 à 22 ans sont confrontés au sang, à la guerre, à la mort, on reste bouche bée, impressionné par de telles expériences de vie, qui, dans ce séminaire de l'Ecole de Paris classé dans la catégorie " Vie des affaires", paraîssent presque déplacées.

Difficile de comparer, vraiment, ces expériences avec la vie de certaines entreprises, les querelles de chefs, les relations mesquines de pouvoir, les désabusés de l'Autorité et du management, les petitesses des petits chefs, l'individualisme des managers et collaborateurs...

Comme l'a dit Michel Berry, on aimerait tant que les dirigeants d'entreprise soient aussi humanistes qu'un tel militaire.

C'est en écoutant un tel récit, ce témoignage d'un chef qui aime ses hommes, pour qui la confiance la transmission d'un sens du sacré et une vision, un sens, sont clés, que l'on perçoit combien l'attitude, le comportement, l'éthique, du chef, est le secret du moral des troupes. Et combien ce job est difficile.

Commentaires

CB

Je vous félicite de prendre ainsi la parole sur votre blog, vos réflexions m'intéressent beaucoup et me donne une lumière toute particulière sur certains sujets que j'essaie de comprendre. Pardonnez le vague de mes félicitations, je souhaite longue vie à votre blog.

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