Performance postmoderne

Performance

Conférence cette semaine, dans le cadre des rencontres de "l'innovation managériale" de PMP, avec Jean-Paul Bailly, Président de La Poste, et Jeans Staune (dont j'avais potassé les ouvrages, et rendu compte ici et ici, et ici).

Jean-Paul Bailly nous a reparlé de son concept des " 3S" que j'avais déjà entendu ici en ...2006; idem pour la réduction du nombre de niveaux hiérarchiques ( là encore, j'avais entendu ça en 2006). Au point de me demander si il s'était passé quelque chose depuis cinq ans à La Poste...Et, alors que mon post de 2006 parlait des "secrets pour faire bouger une entreprise publique", j'ai eu peur que le magicien n'ait plus de nouveaux secrets pour 2011. Pas facile d'être un petron moderne dans la durée; il faut toujours se renouveler.

Et puis, grâce aussi à Jean Staune, nous en sommes venus à échanger sur ce qui rend nos entreprises performantes dans un monde que Jean Staune, pour reprendre une expression de Peter Drucker, appelle le "postcapitalisme", un capitalisme postmoderne.

Un monde est peut-être en train de disparaître dans le management : c'est celui qui correspond à la période déterministe des sciences ( Newton, Laplace); ce monde où on peut tout prédire et tout démontrer avec des raisonnements logiques et des chiffres; c'est le monde où la performance est mesurée par des résultats financiers, la progression du résultat ( et Jean-Paul Bailly nous a rappelé - preuve qu'il est encore un peu dans cette posture -  que La Poste ne reçoit pas de subventions, qu'elle tire toutes ses recettes de ses clients, dans des activités qui sont toutes concurrentielles, et qu'elle est bénéficiaire de 500 millions d'euros). Ce monde existe encore bien sûr, car le management n'a pas encore fait le saut qu'a fait la science avec les théories de la relativité et la phyusique quantique ( le dada de Jean Staune).

Néanmoins, on sent les prémisses d'autres approches. Jean-Paul Bailly nous a livré sa conviction que ses réflexions sur le rôle du management l'avaient conduit à considérer que le manager a "un devoir d'adaptation", et que ne pas s'adapter est "une faute". Mais que cette adaptation n'allait pas sans un autre "devoir", qu'il met au même niveau, " le devoir de prendre en considération les hommes et les femmes de l'entreprise".

Oui, on a bien compris, Jean-Paul Bailly est l'homme du devoir. Il croit à une gouvernance incarnée par un respect de l'équilibre entre toutes les parties prenantes. La performance de l'entreprise est une exigence ( et l'exigence, ce n'est pas, comme le disait un des invités, dans une question, " le contrôle", mais, selon Jean-Paul Bailly, " l'exigence, c'est le respect"; " les gens aiment qu'on soit exigeants avec eux").

Mais c'est quoi la performance ? Dans le nouveau monde postmoderne qui va doucement remplacer le monde déterministe qui ne croit qu'aux chiffres, cette performance doit être une "performance durable".

Pour Jean-Paul Bailly, la "performance durable" c'est le progrés qui apporte un "+ " pour le client, un " -" pour les coûts, un "+" pour la satisfaction des collaborateurs, et un " +" pour la planète. Pas facile de faire tout ça en même temps, parfois même impossible, et il faut faire des choix. Mais cela peut rester un idéal.

Car pour diriger l'entreprise, Jean-Paul Bailly ne croit pas du tout qu'il faut abreuver les collaborateurs "d'objectifs" et de " plans d'actions" : le plus important est de savoir quelles sont nos valeurs, et où on veut aller; les chemins seront multiples, et les actions pourront changer, selon les circonstances; le cap et les valeurs resteront intactes. Cela me faisait penser au dialogue du chat avec Alice au pays des merveilles . Et à Bénédicte Péronnin, Directrice de Legris.

Jean-Paul Bailly considère que le rôle du patron est essentiellement celui de " donner du sens et un projet. Et il a le sentiment d'avoir joué ce rôle à La Poste, et d'avoir inculqué à chacun des niveaux du management cette responsabilité de donner du sens et un projet ( car le projet communiqué par le Président n'est pas le même que celui communiqué par le chef d'établissement à ses employés, mais les deux sont en cohérence).

Jean Staune, en bon scientifique, a comparé ce rôle à celui de la "membrane" d'une cellule; la membrane ne fait pas la réaction, mais sans la membrane rien ne peut se passer. De même que l'évolution va vers plus de conscience, c'est la convergence des consciences qui fera la performance des entreprises postmodernes.

Il y a de quoi être optimiste sur l'émergence de ce monde postmoderne, selon Jean Staune : oui, on a encore le monde des chiffres, les entreprises focalisées sur les résultats trimestriels et leur cours de Bourse, les phénomènes de spéculation; mais on a aussi le commerce équitable (c'est aussi du business), le microcrédit (c'est aussi du crédit), la responsabilité sociale, les préoccupations sur la diversité, la parité : tous ces changements sont venus des entreprises, des dirigeants qui, en ligne avec cette nouvelle convergence des consciences, prennent les initiatives, et impulsent de nouveaux projets d'entreprises, plus holistiques.

Dans un monde de l'incertitude, le patron qui donne un "programme", qui dit " voilà ce que je vais faire", est, dixit Jean Staune, un menteur ou ridicule. Car il n'est plus possible de croire à un tel déterminisme; personne, même le meilleur patron, ne peut ainsi croire en un tel pouvoir. Il y a autour de nous des réseaux imbriqués, des décideurs et influenceurs multiples; on ne peut pas prévoir et tout contrôler.

Cela vaut pour les politiques également : quelle prétention de croire que les candidats aux élections ont " un programme", et que c'est ça qui va se passer, et on va voir ce qu'on va voir...On a eu le coup en 2007, on voit ce "résultat"..Pourtant on risque de revoir le même film déterministe en 2012...

Le candidat et le patron qu'aimerait voir Jean Staune c'est celui qui sera gôdelien (en référence au théorème de Gödel).Il dira : je n'ai pas de programme, je m'adapterai aux circonstances; mais voilà " ce que je ne ferai pas; je m'y engage" : cet engagement à ne pas faire est plus fort, et forcément plus contrôlable, que ce qu'il s'engage à faire; si il ne respecte pas cet engagement, cela se verra tout de suite. Cet engagement " à ne pas faire", on le retrouve dans le projet et les valeurs de Jean-Paul Bailly.

La performance postmoderne est ainsi celle qui correspond à une nouvelle vision du monde; celle que Jean Staune entrevoit en observant l'évolution des théories scientifiques; celle que Jean-Paul Bailly expérimente tous les jours concrètement à La Poste.

Belle rencontre de deux galaxies qui n'étaient pourtant pas faites, a priori, pour se rencontrer...


Nous sommes plus libres que prévu : Darwin pris en défaut

Darwin"L'origine des expèces", paru en 1859, on en parle encore. L'auteur, Charles Darwin a convaincu des générations que l'Homme descend du singe, que la vie se développe selon le principe de la sélection naturelle : les plus forts survivent, les plus faibles disparaissent. C'est l'environnement qui décide; c'est un hasard permanent. Et tant pis pour ceux qui croyaient que c'est Dieu qui avait créé l'Homme à son image.

Pourtant, depuis quelques années, des scientifiques sont venus questionner et remettre en cause ces théories.

Jean Staune, dont je suis en train de lire les oeuvres en préparation de la conférence de PMP avec lui bientôt, est allé rechercher les écrits des auteurs les plus divers pour nous aider à aller "Au delà de Darwin".

Il ne s'agit pas dans cette approche de nier la sélection naturelle, dont l'existence est réelle, mais de démontrer qu'elle ne constitue " ni l'unique, ni le principal moteur de l'évolution".

Ce qui aparaît comme certain, au vu des recherches les plus sérieuses qu'il vulgarise pour nous dans cet ouvrage :

- La sélection n'explique pas la structure fondamentale des êtres vivants mais seulement certaines de leurs adaptations,

- Le hasard n'exclut pas l'inévitabilité. Les contraintes qui s'exercent sur les êtres vivants peuvent garantir que certains résultats apparaîtront, même dans le cas où les processus de base de l'évolution reposeraient sur le hasard.

- Les organismes ont leur propre logique interne et semblent parfois la suivre, quelles que soient les modifications de l'environnement qu'ils traversent et la sélection qui s'exerce sur eux.

Ces découvertes qui démontrent que l'organisme vivant semble parfois guidé, dans son développement, par une logique interne, une Loi de la nature que l'on ne connaîtrait pas encore parfaitement, aussi bien qu'on connaît des lois de physique, la gravité par exemple, apporte forcément plus de questions que de réponses. Certains veulent leur faire dire que c'est un grand architecte extérieur qui produirait ce "dessin intelligent". C'est aller un peu plus loin que les scientifiques, et ce n'est pas là que Jean Staune nous emène.

Néanmoins, elles sont de nature à changer profondément notre vision du monde, même si, pour le moment, elles n'ont pas passé le cap des spécialistes. Le grand public, les médias, font comme si ces découvertes n'avaient pas existées, et continuent à nous chanter la gloire du darwinisme et de la sélection naturelle. C'est une toute petite voix que celle de Jean Staune dans ce brouhaha consensuel.

Pourtant, si cette évolution de la science se confirme, c'est à une profonde révolution de nos conceptions de la vie que nous allons assister.

Cela aura aussi, bien sûr, des conséquences sur notre façon de diriger et manager.

Jean Staune relève notamment deux conséquences à méditer :

Si il est démontré que toute une série de caractéristiques du vivant existent pour d'autres raisons que d'avoir été sélectionnées par la sélection naturelle, alors nous sommes plus libres que ce que la vision standard, diffusée par les darwiniens et relayée par les médias nous incite à penser. Cela signifierait que "nous pouvons trouver en nous les ressources pour une vraie liberté, à partir du moment où nous savons qu'une partie du déterminisme génétique dont on nous rabat les oreilles est illusoire". Cette vraie liberté, les philosophes nous en ont déja parlé; ce qui est impressionnant ici, c'est que, sur la base des recherches conduites, les scientifiques les rejoignent.

Autre conséquence, " à partir du moment où la sélection naturelle n'est plus le moteur principal de l'évolution, il faut aussi repenser notre vision de l'économie pour montrer à quel point il peut être fructueux de mettre en place des jeux gagnant-gagnant entre fournisseurs et clients, ou même entre compétiteurs pour partager certaines informations ou certaines recherches, plutôt que de baser la croissance uniquement sur la confrontation, c'est à dire la loi du plus fort.

Alors que nous sommes imprégnés depuis notre naissance, grâce au darwinisme,de cette necessité, pour survivre, d'être le fort qui tue le faible, voilà que de nouvelles théories viennent nous dire que cela ne marche peut-être pas comme ça. En observant le développement des espèces, et grâce à une observation nouvelle des fossiles ou ossements que l'on rerouve encore aujourd'hui, ainsi que l'analyse biologique,  de nouvelles idées apparaissent et semblent démontrées. Elles viennent nous dire, venant de l'évolution depuis des millions, ou plus, d'années, que la coopération peut être aussi efficace que la confrontation.

Grâce à Jean Staune, on découvre que la biologie, dans sa transformation, grâce à la découverte de nouvelles lois, est en train de nous apprendre à manager autrement, ou du moins vient corroborer ce que d'autres approches nous ont déjà fait pressentir.

De quoi nourrir nos envies d'innovation managériale.

NOTA : Aprés les articles, "la science en otage", et cet "au-delà de Darwin", je m'attaque maintenant à l'ouvrage le plus célèbre de Jean Staune : les 533 pages de " Notre existence a-t-elle un sens ?".Cela commence par : " Depuis les temps les plus reculés, et à travers toutes les cultures, l'homme a essayé de conjurer son angoisse des espaces infinis.."; c'est exactement ça !


L'arbre le plus important du monde : Colombo mène l'enquête

Troncarbre

 La science aujourd'hui est en ébullition. Sur des sujets majeurs de société comme la santé ( fallait-il acheter autant de vaccins H1N1 ?), l'alimentation et l'agriculture ( les OGM c'est bon ou c'est pas bon ?), les arguments et contre-arguments des uns contre les autres laissent une drôle d'impression. Pour le grand public, cela devient difficile de se faire une opinion; alors on a tendance à se laisser convaincre par ceux qui parlent le plus fort.

C'est le thème de l'ouvrage de Jean Staune, " La science en otage" : il démonte ces controverses, va jusqu'aux sources des uns et et des autres, et tente de comprendre les mécanismes qui font de la science l'otage de positions idéologiques.

Le sujet qui, forcément, est particulièrement chaud, c'est justement...le réchauffement climatique.

C'est une véritable guerre entre ceux qu'il appelle "les réchauffistes", qui prouvent et reprouvent que la Terre se réchauffe de plus en plus; et les anti, ceux qui font tourner le débat Allègre, que Jean Staune appelle les "climato-sceptiques"..

En allant rechercher les statistiques et études à la source, Jean Staune nous apprend ainsi que s'il est vrai que la Terre s'est bel et bien réchauffée au cours du XXème siècle, elle ne se réchauffe plus depuis 10 ans. Et personne n'analyse le pourquoi de ce phénomène, ni ne communique dessus, et surtout pas les "réchauffistes", de peur de casser leur argumentaire sur les risques du réchauffement. Autre élément, qui fait complètement partie des argumentaires communiqués, il n'existe pas de preuve que ce réchauffement soit dû à l'activité humaine.

Ce qui est intéressant, c'est de suivre Jean Staune quand, tel un Colombo de la science, il va traquer les failles des thèses et démonstrations des scientifiques.L'histoire de l'arbre le plus important du monde m'a bien plu.

Un scientifique, Keith Briffa, membre du Climate Research Unit, Département du GIEC, a fait paraître une étude en 2000, qui analysait la variabilité du climat grâce à l'étude des cernes de croissance d'arbres particulièrement bien conservés grâce au grand froid, dans la péninsule sibérienne. En effet, plus il fait chaud, plus les cernes sont écartés, et inversement quand il fait froid.

Cette étude a ainsi "montré" que le climat a été un peu près stable, en Sibérie, avant de connaître une accélération brutale sur les cinquante dernières années.

Keith Briffa ayant publié non seulement l'étude, mais également donné accés aux données qui lui ont permis d'arriver à cette conclusion, d'autres scientifiques ont essayé de refaire les calculs. C'est le cas de Stephen McIntyre. Il s'est alors aperçu, je cite Jean Staune :

Parmi les dizaines d'arbres disponibles dans le lieu étudié, Briffa n'en a sélectionné qu'une douzaine, et ce sont précisément ces douze arbres qui expliquent la variation de la courbe. Bien plus, un seul de ces arbres est à lui seul responsable de l'essentiel du résultat, puisqu'il s'écarte de la moyenne de huit écarts types. Ce qui fait dire à Stephen McIntyre que c'est l'arbre le plus important du monde, puisqu'il permet de montrer que la température que nous avons connue ces dernières décennies est exceptionnelle.

Le propos de Jean Staune n'est pas de soutenir une thèse plutôt qu'une autre, mais plutôt de nous faire partager son étonnement : comment se fait-il que sur des sujets aussi importants des scientifiques en arrivent, pour soutenir ou infirmer telle ou telle thèse, à produire des études avec de tels biais et déformations. La science est "en otage" parce que des intérêts économiques viennent se m^ler à la recherche. Les lobbyes pétroliers veulent soutenir les "climato-sceptiques", les écologistes, pour répondre aux lobbys, veulent en faire trop pour défendre leurs thèses.

Ce qui conduit à décrédibiliser les défenseurs des deux thèses; les climato-sceptiques, comme les réchauffistes, ont alors tendance à vouloir en faire trop. A affirmer avec certitude des hypothèses qui ne sont pas complètement établies.

Ce qui le conduit à en appeler à une nouvelle science, plus innovante, ce qu'il appelle "une science révolutionnaire", celle qui permet de changer de paradigme, de développer des idées radicalement nouvelles. Il regrette, avec d'autres auteurs qu'il cite, que la pratique scientifique d'aujourd'hui ne forme que des artisans et non des visionnaires. Des artisans qui, de plus, se mettent parfois au service de causes qui leur font perdre leur crédit.

Il sent que cette affaire va assez loin, et influence les écoles et universités, car ceux qui évaluent les étudiants sont les adeptes de ce que l'on appelle " la science normale", et désirent voir les étudiants se comporter et raisonner comme eux, c'est à dire des gens brillants mais non innovants.

Intéressante conclusion puisque l'on retrouve, dans cette analyse de la science, des comportements, et des critiques, qui sont précisément les mêmes que celles que l'on ressent dans d'autres disciplines, et dans le management de nos entreprises. La vision du monde produite par la science, et celle qui impreigne son enseignement et sa pratique, est aussi facteur d'influence pour nos pratiques de management.

Méfions-nous des arbres de Sibérie...Ce sont eux qui peut-être, nous empêchent d'être innovants.


Le management ramène sa science !

Science

Un lien entre la science, notre vision du monde, et le management, nos organisations d'entreprises ?

Drôle d'idée ?

Ou bonne idée ?

Pour avoir la perception scientifique du sujet, voir ma chronique du jour sur "Envie d'entreprendre".

J'y parle de ma rencontre avec Jean Staune, qui sera mon invité lors d'une prochaine conférence privée de PMP sur "l'innovation managériale", qui s'annonce passionnante.

J'en rendrais compte à ce moment, ainsi que PMP Innovation sur Twitter et Facebook.


C'est pas la taille qui compte

Cerveau

En ces temps de pessimisme où on n'arrête pas de se lamenter sur tout ce qui va de plus en plus mal, y compris la planète qui se réchauffe, le message de Matt Ridley réchauffe, lui, le coeur.

Matt Ridley est un biologiste d'origine, devenu journaliste et écrivain; il vient de publier " The Rational Optimist : How prosperity evolves". En gros sa thèse, c'est un peu celle du Docteur Coué : Tout va de mieux en mieux !

Forcément, il y a des détracteurs que ça énerve, et qui démontrent qu'un tel optimisme est celui d'un fou.

L'auteur est interviewé à propos de ce livre dans le dernir numéro (octobre) de Books.

Il revient sur tous les progrès continus que l'humanité a connus, et critique les "prophètes du malheur" qui ont "moralement tort".

Si tout va ainsi de mieux, est-ce parce que les cerveaux des gens sont de plus en plus gros ?

Que non, dit-il :

" Ce qui fait fonctionner la société humaine n'est pas la taille du cerveau des individus mais celle de notre cerveau collectif. Presque toutes les technologies dont nous nous servons, du crayon à la ville, échappent à la compétence d'un individu. (...). Tout ce que nous utilisons aujourd'hui combine des idées différentes, est produit par de nombreuses personnes et échappe au savoir de l'individu.

Quand nous avons commencé à échanger et à nous spécialiser, il y a environ 100 000 ans, nous avons sans le savoir commencé à créer un cerveau collectif, dans lequel nous ne sommes que les noeuds d'un réseau. Les réalisations de ce cerveau collectif sont plus brillantes que tout ce que nous pouvons comprendre. C'est pourquoi la planification centralisée ne peut pas marcher. Nous ne pouvons pas utiliser nos cerveaux individuels pour expliquer au cerveau collectif ce qu'il doit faire.

C'est là que se loge le secret de l'explosion de la prospérité et du progrès humains que l'on observe depuis 100 000 ans et encore aujourd'hui."

Bon, on sent bien que, lui, il croit à fond à Adam Smith, la main du marché, l'échange. Et pas trop à la régulation et au dirigisme.

Mais surtout, c'est cette intelligence collective qu'il chérit. Pour lui, on n'est pas beaucoup plus intelligent que l'homme de Cro-Magnon. Mais, en revanche, et c'est ce qui compte :

" Nous sommes collectivement plus intelligents, parce que nous combinons, accumulons et échangeons nos idées plus largement dans nos technologies".

c'est un peu comme le "fourmi management" dont j'ai déjà parlé, à propos de l'ouvrage de mon ami Olivier Zara.

Le problème reste toutefois , en observant les pratiques et coutumes de certaines organisations, qu'on a parfois l'impression qu'on en est encore à l'homme de Cro-Magnon. Merci à Matt Ridley de nous redonner de l'espoir.