Le jeu, copie du réel, ou symbole du monde

SymboleComprendre le monde, le sens de l'existence, la relation entre l'homme et le monde, voilà des questions qui occupent les philosophes depuis Aristote. C'est tout le champ de la métaphysique, qui a au fil des temps, eu plusieurs définitions. Dans le monde de l'action et du management c'est un concept qui n'a pas forcément bonne presse : faire de la métaphysique, c'est, au lieu d'agir, se livrer à des" spéculations intellectuelles sur des choses abstraites qui n'aboutissent pas à une solution des problèmes réels" (Larousse)

 Pourtant, dans un monde de plus en plus fragmenté, avoir une vision d'ensemble, retrouver du sens, ça ne peut pas faire de mal, et c'est même une aspiration de plus en plus forte.

En réflexion sur le sujet du jeu, et son lien avec la démarche d'innovation, que j'ai évoqué ICI, je suis allé voir dans l'ouvrage d'Eugen Fink, " Le jeu comme symbole du monde". En suivant sa réflexion et son raisonnement, c'est une réhabilitation du concept de jeu que nous découvrons.

Suivons ce cheminement.

 Quand nous parlons de l'homme dans sa "réalité" dans le monde, on ne parle pas de réalité comme celle d'un animal ou d'une pierre. Nous savons aussi que la vie humaine comporte un sens. L'homme ne sait pas toujours vers quoi tend sa volonté de vivre, mais il sait qu'une aspiration agit en lui, même sans bien la connaître. L'homme est un "projet vital". Son séjour sur terre est ainsi troublé par ce souci vital de trouver un sens à la vie, et ainsi le vrai bonheur. Cette tension et cette recherche du bonheur, c'est ce qui fait "le sérieux de la vie". Mais cette activité "sérieuse" peut aussi être interrompue par des "îles", des pauses non sérieuses dans l'activité de notre vie, qui peuvent être très utiles pour nous détendre, mais qui sont comme une interruption momentanée au sérieux de la vie : c'est là qu'intervient le jeu. Il est une activité "inauthentique", un "faire comme si', ce qui lui confère souvent une nuance négative. Jouer, c'est "faire passer le temps", remplir un moment de sa vie avec des futilités, pour nous décharger un moment du fardeau du souci de la vie, comme si nous replongions dans l'insouciance de l'enfance. 

Mais avec le jeu nous faisons aussi l'expérience du bonheur de créer. Alors qu'en dehors du jeu nous sommes déterminés par l'histoire de notre vie, avec le jeu nous faisons l'expérience d'un recommencement libre et sans entraves. Si nous considérons que le chemin de la vie est déterminé par un inquiétant rétrécissement de nos possibilités, à chacun de nos choix, en prenant conscience de ce que nous avons "laissé passer". Le jeu est alors là pour adoucir la loi inexorable du sérieux de la vie. Mais cette libération n'en est pas "réellement"une. Eugen Fink résume : " Jouer, c'est paraphraser sur le mode de l'illusion l'auto-réalisation de l'homme".  Vu comme ça, le jeu est une imitation du sérieux de la vie sur le mode de l'illusion. Toutefois, le jeu n'est pas réduit à une imitation servile, il peut aussi faire jaillir des possibilités que nous ne connaissons pas dans la vie sérieuse. Il est créateur. Il n'élimine pas les souffrances ou les difficultés de la vie réelle, il reste dans l'irréalité, mais il offre ainsi un sentiment agréable de bonheur, grâce justement à cette "irréalité". On peut ici penser au théâtre et aussi aux jeux de rôles : On y représente dans une "auto-conception fictive" une "conduite irréelle" par une conduite réelle où l'on éprouve le plaisir à être transporté au "royaume de l'apparence", ce lieu où nous pouvons "modeler la vie à notre gré". 

Cette "irréalité" est donc bien le trait fondamental déterminant du jeu humain. Il est une imitation du réel. D'où une vision plutôt dévalorisante du jeu par la métaphysique : le jeu ne serait qu'une imitation du réel, et donc sans signification pour comprendre le monde. Mais une autre vision peut émerger : le jeu, dévoilant le domaine de l'irréel monde ludique, pourrait être "la sphère mystérieuse et ambiguë où apparaît, au milieu des choses, ce qui est plus puissant et plus étant que toutes les choses".

En fait, l'interprétation métaphysique du jeu renvoie le jeu à autre chose que lui, comme une image du réel. Mais alors qu'est-ce qu'une image ?

On ne peut pas seulement assimiler "l'image" à une "copie" du réel. Car l'important n'est pas de savoir "de quoi l'image est copie, mais ce qu'est le caractère d'image en tant que faire-apparaître apparent". 

Ainsi, même en gardant l'assimilation du jeu à l'image, on s'éloigne de la "copie" du réel, car moins une image est "copie", plus elle est "symbole".

On connaît l'origine du mot "symbole" : c'était un signe de reconnaissance par une pièce de monnaie cassée en deux, les deux moitiés étant remises à deux amis se trouvant à grande distance. Si l'un des amis envoyait un hôte à l'autre, il lui remettait la moitié de la pièce comme preuve indiscutable. Les deux moitiés devaient ainsi s'ajuster parfaitement l'une à l'autre. D'où les deux caractères du "symbole" : le "fragmentaire" et le "complément". Le "symbole" signifie " concordance d'un fragment avec son complément". 

Et justement, toutes les choses finies en général sont des fragments, les hommes sont des fragments, chaque homme est morcelé en fragments. Le tout, le monde, le cosmos (on en revient au point de départ de la métaphysique), irrigue tous ces fragments. " Le tout où se produisent toutes les choses finies n'est pas composé par la réunion des matériaux finis. Il précède tout morcellement et le contient en lui". 

Et c'est ainsi que parfois nous pressentons une unité plus originelle de l'être qui fait irruption dans une chose quelconque, finie et périssable, qui surgit comme un "complément" d'une espèce particulière, non pas comme un complément quelconque, mais comme le complément. C'est en acquérant cette profondeur mondaine qu'une chose devient "symbole". C'est ainsi que rompre le pain, chose banale, peut revêtir un sens hautement symbolique. 

 Mais ce surgissement du symbole, du complément, ne peut pas être suscité à volonté; il se produit comme une attaque soudaine. Chez le primitifs, ce sont les pratiques de la magie qui avaient ce rôle. Le jeu a ce rôle. Il n'est pas "irréel" au sens "inférieur à la vraie vie", mais au contraire il est le mode selon lequel quelque chose de plus fort, de plus puissant, s'insère dans la vraie vie. Le jeu permet de se sentir plus proche de l'essentiel et de l'authentique. On peut dire qu'il comporte "un sérieux tout à fait à part". C'est ainsi que les jeux cultuels, les fêtes, sont autant chargés de symboles : la fête n'est pas qu'un moment de détente qui rompt avec le quotidien; c'est aussi et surtout une représentation du sens total de la vie. C'est pourquoi "l'irréalité" n'est plus alors la "copie du réel", mais le trait fondamental d'une représentation symbolique du tout du monde. C'est grâce à lui, le jeu cultuel, que le monde devient visible.

Et c'est pourquoi le jeu est vision du monde.

Nous sortons ainsi de cette vision du jeu comme une "irréalité" inférieure à la vraie vie "sérieuse", pour en faire au contraire le symbole du monde et le révélateur de vérités plus puissantes que ce qui nous appelons le réel, toujours fragmenté. 

Voilà une autre façon de regarder le jeu. 

Innover, créer, imaginer : le jeu est un bon inspirateur, avec cette vision, pour tous les managers, dirigeants et consultants qui veulent faire émerger un nouvel "irréel" avec "un sérieux tout à fait à part".

 


L'innovation est-elle un jeu ?

JeuenfantsUne rencontre récente avec un Directeur de la Recherche et de l'Innovation d'un grand Groupe : il veut développer la culture d'innovation dans le Groupe, et pour cela a l'intuition que cela peut passer par le développement de la culture du jeu. Et nous passons notre entrevue à parler du jeu et de tout ce que cela évoque pour l'innovation. Et comment nous pourrions introduire cet esprit de jeu dans les processus d'innovation du Groupe. En rendant chaque composante ludique.

Beau sujet en effet. Et inspirant.

Voilà une occasion de relire Johan Huiziinga, auteur en 1938 de "Homo Ludens - Essai sur la fonction sociale du jeu", pour prolonger cette réflexion.

Car pour johan Huizinga sa conviction est que la civilisation humaine s'annonce et se développe au sein du jeu, en tant que jeu. Et donc si l'on analyse la teneur de nos actes à fond, on peut en arriver à concevoir tout agir humain comme n'étant que pur jeu. Dans cette vision, " le jeu est plus ancien que la culture": si l'on considère que la culture suppose l'existence d'une société humaine, on doit constater que les animaux n'ont pas attendu l'homme pour jouer; la civilisation humaine n'a enrichi la notion de jeu d'aucune caractéristique essentielle. Les animaux jouent exactement comme les hommes. Il suffit de regarder commet deux jeunes chiens jouent ensemble. 

Alors, en effet, retrouver l'origine de cette fonction de jeu est peut-être un bon point d'entrée pour exciter une culture d'innovation.

Mais comment définir le jeu?

La première caractéristique fondamentale du jeu : le jeu est libre, il est liberté. Il n'est imposé par aucune nécessité physique, ni devoir moral. Il est est un prétexte à s'évader de la "vie courante" pour entrer dans une autre sphère d'activité.

Mais dans cette sphère spécifique le jeu crée de l'ordre. Il réalise une perfection temporaire et limitée (les règles du jeu). C'est un ordre absolu ( déroger aux règles c'est gâter le jeu).

D'où la définition de Johan Huizinga :

" Le jeu est une action ou une activité volontaire, accomplie dans certaines limites fixées de temps et de lieu, suivant une règle librement consentie mais complètement impérieuse, pourvue d'une fin en soi, accompagnée d'un sentiment de tension et de joie, et d'une conscience d' "être autrement" que "la vie courante".".

 Le mot de tension qui caractérise le jeu, étudié par Huizinga, retient l'attention si l'on s'intéresse à l'innovation.

Car la tension signifie incertitude, chance. Quelque chose doit "réussir" dans le jeu au prix d'un certain effort. Cela concerne le jeu d'adresse, le jeu de la petite fille qui lance et attrape la balle. Il caractérise aussi aussi les jeux-problèmes individuels, comme les puzzles et les réussites aux cartes. Mais la tension est portée à son comble dans les jeux de compétition, comme les compétitions sportives. Dans ces jeux, c'est la force du joueur qui est mise à l'épreuve, sa force physique, sa persévérance, son ingéniosité, son courage, mais aussi sa force spirituelle. Car il s'agit de se tenir, malgré son ardeur et son désir de gagner, dans les limites autorisées prescrites par le jeu. 

C'est pourquoi le jeu suscite des relations de groupe, qui peuvent s'entourer de mystère, pour être étrangers au monde habituel. la communauté des joueurs, le club de bridge ou d'échecs, a alors une tendance générale à la permanence, même une fois le jeu terminé. C'est un sentiment de vivre ensemble dans l'exception, de partager ensemble une chose importante, de se séparer ensemble des autres, et de se soustraire aux normes générales. 

Le jeu est alors une lutte pour quelque chose. 

Tension et incertitude, communauté : voilà en effet des notions qui peuvent se retrouver dans une culture d'innovation, qui crée aussi ces "communautés" qui respectent des règles communes et en font une lutte pour quelque chose.

Grâce à la lecture de Huizinga, on va finir par croire que, effectivement, l'innovation est un jeu.


Que nous dit le "Parvis des Gentils" ?

ParvisdesgentilsDans l’ancien et le nouveau testament, les gentils, du latin chrétien gentiles, désigne les païens, par opposition au peuple d’Israël, le peuple de Dieu. Le terme a évolué pour désigner les gens, les étrangers.

Dans la tradition juive, il y avait trois grandes cours qui précédaient le sanctuaire du Temple : le parvis des gentils, le parvis du Peuple de Dieu, et le parvis des prêtres. Dans la tradition chrétienne et l’architecture du Moyen-Âge, le parvis est la place devant la façade d’une église, d’une cathédrale. Une place largement ouverte pour rassembler une foule.

Le parvis des gentils représentait donc l’espace de ceux qui souhaitaient s’approcher du lieu le plus sacré, sans pouvoir accéder à l’enceinte intérieure car non-croyants.

Il symbolise dans nos temps modernes la mise en place d’un dialogue régulier du monde croyant avec le « monde de l’incroyance ».

Le 23 octobre 2012, les Pères du Synode des Evêques sur la Nouvelle Evangélisation ont voté une proposition du Pape Benoit XVI sur le « Parvis des Gentils », correspondant à une initiative pour se rendre proche des personnes éloignées ou en recherche du sens de la vie.

Au lieu d’être dans une volonté de forcer à croire les incroyants (on pense aux époques des missionnaires et guerres de religions), le parvis des gentils un espace ouvert qui offre au regard la possibilité de dépasser les limites des cloisons et des murs.

Le parvis d’Hérode était doté d’un mur de séparation peu élevé, qui interdisait aux Gentils l’accès à l’espace sacré. Les chrétiens symbolisent la destruction de ce mur. L’apôtre Paul, dans sa lettre aux chrétiens d’Ephèse, annonce la nouveauté du christianisme par cette affirmation : le Christ s’est dressé devant le mur de séparation pour le détruire, et « des deux peuples, Juifs et Gentils, il a fait un seul peuple ».

Cette image du « parvis des gentils » est donc dans le registre symbolique, et c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui.

La structure fondée en 2012 a pour activité dominante l’organisation de rencontres internationales dans les grandes capitales européennes, sur les grands thèmes de la société.  

Le « Parvis des gentils » c’est la méthode du dialogue, le fait que deux discours, deux raisons, se croisent, se traversent l’une et l’autre réciproquement pour s’enrichir dans le dépassement d’une dialectique d’opposition.

Le dialogue est authentique quand les discours sont reconnaissables et reconnus, et que leur entrelacement conduit à un approfondissement du sens et des valeurs.

Il ne s’agit pas dans ces rencontres entre croyants et « gentils » d’appliquer la technique du duel, du latin bellum, ces combats à l’arme blanche qui conduisent à l’élimination de l’autre perçu comme adversaire, mais bien au contraire celle du duo dans lequel des voix qui parfois appartiennent aux antipodes sonores, comme la basse et le soprano, réussissent à créer une harmonie sans toutefois renoncer à leur identité propre, sans se décolorer.

Un autre symbole peut être évoqué : celui des « veilleurs » de la tradition juive. Il s’agit de ceux qui dans la nuit avaient pour mission de veiller et de réveiller, ce qui était le rôle à la fois des sentinelles et des prêtres qui priaient dans le temple. Il s’agit de réveiller les tensions, les inquiétudes. Sans cette inquiétude on risque de perdre la notion de futur et le principe de l’espérance. L’homme inquiet ne se referme pas sur l’immédiateté de l’existence humaine et il laisse la possibilité au mystère pour l’interroger et par là s’interroger lui-même. C’est précisément ce que souhaite le « Parvis des gentils » : réveiller l’inquiétude. Il s’agit de remettre l’interrogation au cœur de la réflexion commune. Il invite à une saine inquiétude intérieure

Le grand objectif du « Parvis des Gentils » est d’aider croyants et incroyants à poser les bonnes questions pour réveiller l’inquiétude. Le « Parvis » se veut ainsi une « ouverture sur l’autre rive », pour découvrir l’infini, l’éternité, ce qui s’étend au-delà de l’horizon.

Le « Parvis des Gentils » est le symbole du besoin d’accueil et de dialogue que représente le « gentilhomme ».

De quoi donner envie d'adopter cette attitude de "gentil".


La gentillesse n'est pas la sollicitude

AmélieVous en connaissez comme moi de ces personnes qui se disent gentilles parce qu'elles veulent tout le temps se mêler des affaires des autres en pensant ainsi les aider. Quand c'est à vous-même qu'elles s'en prennent, on les trouve un peu intrusives parfois (souvent), et on a envie de leur dire "mais je ne t'ai rien demandé !". Ce qui ne suffirait pas à les freiner, car elles sont sont convaincues de mieux savoir que moi-même ce dont j'ai besoin (de leurs sages conseils en l’occurrence).

Je découvre en lisant l'ouvrage d' Emmanuel Jaffelin, "Petit éloge de la gentillesse", que cette forme de "gentillesse" n'est justement pas de la vraie gentillesse, mais de la sollicitude.

Pour comprendre la différence, il raconte une anecdote où il s'est emparé du bras d'un aveugle qui attendait au feu rouge pour l'aider à traverser la rue. Et l'aveugle lui a répliqué : " Non, merci. Je connais le chemin". Il attendait juste le signal sonore qui l'autorisait à traverser.

Car la sollicitude n'est pas la gentillesse. Elle se situe au-delà de la gentillesse. Elle est selon la formule d'Emmanuel Jaffelin, " un effort poisseux à vouloir rendre service sous l'emprise d'une pulsion". C'est en fait un "excès d'altruisme". 

La sollicitude, c'est celle d'Amélie Poulain qui fait le forcing pour faire le bonheur de son quartier. 

Inversement ce qui caractérise la gentillesse, c'est de rendre service sur la base d'une sollicitation, et non d'une sollicitude.

Il faut que quelqu'un me demande quelque chose pour que je puisse exercer ma gentillesse. Ce n'est pas le désir obsessionnel de faire le bonheur des autres mais être dans une situation qui me permet de rendre service.

La gentillesse consiste à rendre service à quelqu'un qui me le demande vraiment, de manière plus ou moins explicite. Mais surtout explicite dans un milieu professionnel.

Et donc pour être gentil, et l'être à bon escient, la qualité première est l'écoute et la capacité à entrer dans un vrai dialogue avec autrui.

C'est pourquoi les gentils sont ceux qui savent nouer ces dialogues, Qui écoutent avant de parler et d'essayer de convaincre.

En étant ce gentil, je suis un gentilhomme, héros du quotidien.

Car en étant ce gentil qui rend un service à autrui, je m'échappe de moi-même, je me "déleste de moi-même", Cette attitude me permet de rentrer dans un dialogue qui ne veut pas imposer à l'autre mon propre avis, mais accepter de m'en "délester". 

Ainsi, être "gentil" ce n'est pas être faible devant l'autre, mais au contraire être dans dans une morale du service et du dialogue vrai.

De quoi réconcilier la gentillesse et la coopération. Et aussi la performance de nos organisations.

Envie d'essayer? 


L'individualisme est-il une maladie honteuse ?

IndividualismeLe collectif, y a que ça de vrai, non?

Le sens du bien commun, de l'intérêt général, oui, celui qui nous fait désirer un Etat fort, des dépenses publiques pour protéger tous ceux qui en ont besoin (c'est à dire pas mal de monde, voire tous). 

Alors que l'individualisme, c'est l'égoïsme, le règne du moi, un personnage hautement narcissique, à l'hédonisme débridé. 

La messe semble dite : l'individualisme, c'est le mal pour notre vie en société, et nos activités. 

Pas facile alors de réhabiliter une forme d'individualisme qui redonne goût à une liberté individuelle plus altière, responsable et partagée.

C'est ce à quoi s'attaque le philosophe Alain Laurent dans une anthologie des auteurs de l'individualisme; de toutes sortes, de Stirner à Nietzsche, Ayn Rand, Ortega y Gasset, et Alexandre Zinoviev. Avec une introduction qui fait un tour très complet de tous les chantres de l'anti-individualisme.

Cela vaut la peine d'y aller voir.

L'individualisme, c'est d'abord la prévalence ou la primauté de l'individu. Cela a une dimension politique : c'est la valorisation de l'initiative privée, la réduction du rôle de l'Etat, le développement de la responsabilité individuelle et des droits individuels qui confèrent une indépendance individuelle.

Cela n'a pas l'air si horrible; alors pourquoi autant d'anti-individualistes ?

Ce que lui reprochent les auteurs, c'est d'être un vecteur d'"atomisation" et de "dissolutions sociales", générateur de "déliaison", destructeur de lien social. Mais pour ne pas se couper complètement des vertus de l'individualisme, certains comme l'universitaire Pierre Bréchon, dans " l'individualisation des valeurs", fait une distinction entre individualisme et individualisation : pour cet auteur, l'individualisme est la volonté de toujours choisir ce qui maximise le plaisir ou l'intérêt matériel de l'individu, alors que l'individualisation est un processus d'autonomisation, de prise de distance par rapport à toutes les appartenances assignées. On voit là un exercice de réduction lexicale destiné à caricaturer l'individualisme.

Toujours selon Pierre Bréchon : " l'individualisation correspond à une culture du choix, chacun affirmant son autonomie, sa capacité à orienter ses choix sans être contrôlé et contraint", alors que l'individualisme " c'est le culte du chacun pour soi". Et il insiste à nouveau en faisant de l'individualisation " la volonté de chacun de se construire comme une personne autonome sans être contraint par des institutions politiques ou religieuses ou la puissance normative du milieu social ou familial"

 Alors, il suffirait peut-être de substituer individualisation à individualisme pour retrouver la vertu de l'individualisme et de l'individu.

Dans cette anthologie, on pourra y lire un texte de Jaurès issu de " Socialisme et liberté" (1898) pour retrouver ces accents :

" Dans l'ordre prochain, dans l'ordre socialiste, c'est bien la liberté qui sera souveraine. Le socialisme est l'affirmation suprême du droit individuel. Rien n'est au-dessus de l'individu. Il n'y a pas d'autorité céleste qui puisse le plier à ses caprices ou le terroriser de ses menaces".

" Pour que chaque homme soit autonome pleinement, il faut assurer à tous les moyens de liberté et d'action. Il faut donner à tous le plus de science possible et le plus de pensée, afin qu'affranchis des superstitions héréditaires et des passivités traditionnelles, ils marchent fièrement sous le soleil. Il faut donner à tous une part égale de droit politique, de puissance politique, afin que la volonté de chacun concoure à la direction de l'ensemble et que, dans les mouvements les plus vastes des sociétés, l'individu retrouve sa liberté".

" Le socialisme veut briser tous les liens. Il veut désagréger tous les systèmes d'idées et les systèmes sociaux qui entravent le développement individuel".

Cet hommage à l'individu ne durera pas, malheureusement; Jaurès reprochera à Clémenceau , qui ne peut pourtant pas être considéré comme un individualiste exalté, au cours d'une intervention à la chambre des députés, sa "doctrine de l'individualisme absolu". On pourrait aussi aller voir ce que les "socialistes" d'aujourd'hui en ont fait.

Reste qu'avec de l'individualisation, on peut peut-être réhabiliter l'individualisme...


Des solutions ou des réponses ?


AvenirPeu avant l'élection présidentielle de 2012, j'avais posté cette note. Elle me parait encore d'actualité pour évaluer les candidats de cette nouvelle élection. Je la reposte donc aujourd'hui.

La lecture des réflexions philosophiques de Léo Strauss et de Hannah Arendt, à propos de leur analyse de la "crise de la modernité", au travers de l'ouvrage de Carole Widmaier, me fait rencontrer deux notions que l'on pourrait croire identiques : les Problèmes/Solutions et les Questions/Réponses.

Léo Strauss, constatant la diversité de fait des pensées au cours de l'histoire, recherche ce qui en elles est permanent, pour trouver ce qu'il appelle les problèmes fondamentaux, essentiellement ceux de la nature de la vie bonne et de la nature du meilleur régime. Il invoque ainsi, dans "Droit naturel et histoire" :

"L'histoire paraît prouver que toute pensée humaine, et davantage toute pensée philosophique, se porte toujours aux mêmes problèmes et aux mêmes thèmes fondamentaux, et qu'en conséquence une structure immuable demeure à travers toutes les variations de la connaissance humaine des faits comme des principes.(...). S'il est vrai que les problèmes fondamentaux demeurent à travers toute évolution historique, la pensée humaine est capable de transcender ses limitations historiques ou d'accéder à quelque chose de transhistorique.(...°. A travers le temps, la diversité des théories cache l'identité des problèmes : la raison est le lieu de la permanence, et c'est par elle que la nature humaine transcende l'histoire".

Pour Strauss, pour appréhender cette permanence, il faut remonter des solutions aux problèmes.Dans ce cas, la bonne solution n'est pas celle qui s'adapte à un réel défini historiquement, mais celle qui est vrai de tout temps.Il retrouve la notion philosophique de vérité. Pour lui, la bonne solution n'est pas celle qui a les meilleurs effets dans l'action (pragmatisme), ni celle qui donne le plus à penser (sens), mais qui énonce un bien dont une conception juste du Tout peut résulter.

La démarche de Strauss est donc d'identifier, indépendemment de la situation, les problèmes, et d'en rechercher les solutions qui sont celles qui sont les plus justes au regard d'une attitude philosophique. L'authentique rationalité est celle qui sans cesse retourne aux problèmes fondamentaux et s'emploie à les résoudre.

En recherchant les problèmes, et en apportant les solutions, on impose à la réalité humaine un principe de non-contradiction, jusqu'à vouloir transformer l'homme lui-même. C'est la définition de l'idéologie.

Face à cette approche par les Problèmes/Solutions, la démarche de Arendt est complètement différente.

Pour elle, il n'est pas possible de poser une permanence des problèmes, et encore moins d'envisager l'unicité de leurs solutions. Car penser la permanence du problème et de la bonne solution reviendrait à penser une permanence de la réalité humaine elle-même. Pour Hannah Arendt, devant l’événement, il ne s'agit pas de découvrir des problèmes, mais d'élaborer des questions.La raison exerce sa puissance de questionnement face à l'expérience. Et l’événement en tant que crise impose à la pensée de mettre au jour un rapport de questions/réponses, l'évènement se trouve interrogé. Les questions ne sont pas des problèmes, car elles ne sont pas formulées par la raison seule, mais naissent de l'expérience (Carole Widmaier).

Ainsi la crise, celle qui nous oblige à sortir de nos préjugés (les solutions toutes faites), est l'occasion d'une réactivation des questionnements nés de l'expérience.

C'est pourquoi une crise ne demande pas à être résolue, mais questionnée.

On voit bien ce que ces deux attitudes nous apprennent.

Le désir de trouver les problèmes et les solutions, c'est le désir de remplir, de maîtriser, de couper court à l'incertitude, pour imposer LA solution qui "s'impose".Il ferme, il ne se laisse pas troubler par le monde;

A l'inverse, trouver dans la crise, dans l'évènement, l'occasion d'un questionnement, c'est permettre à la recherche de réponses de faire prendre des risques à la raison. La recherche de réponses à des questionnements ouvre le temps; l'ouverture aux expériences est une ouverture à la temporalité spécifiquement humaine. Cette recherche des questions, qui est toute la démarche philosophique d'Arendt, peut encore nous inspirer aujourd(hui lorsque nous mêmes devons comprendre et agir face au changement et à la crise. (On l'a compris, Carole Widmaier est plus Arendtienne que Straussienne).

Ainsi comprendre ne signifie pas, dans la conception d'Arendt, une démarche dans laquelle on attendrait la fin de l'évènement pour que la raison, qui serait restée seule avec elle-même, donne sa vérité. Non, la compréhension est un processus continu, dynamique, qui questionne, et ne s'arrête jamais.

Alors, face aux questions et à la crise, aux évènements, est-on le straussien qui cherche le problème et apporte les solutions, à coup de certitudes et de benchmarks ?

Ou bien le Arendtien qui questionne,ouvre sur le monde, écoute l'expérience, et cherche les réponses, jamais définitives ?

Finissons avec Carole Widmaier :

"Comprendre ne peut consister à recourir à des notions anciennes dont il faudrait réaffirmer la pertinence : ce processus doit conduire à l'inverse à envisager de nouveaux concepts, à condition qu'ils désignent une réalité d'expérience et non pas une abstraction".

Peut-être aussi une voie pour mieux "comprendre" les positions des candidats pendant  la campagne pour les primaires de l'élection présidentielle ? Qui est Straussien ? Qui est Arendtien ?


Qui a le pouvoir ?

HOBBESJ'avais déjà parlé de Thomas Hobbes, philosophe politique du XVIIème siècle, à propos de Google (voir ICI ou ICI). Hobbes, Car pour explorer ce qui "fait société" dans l'entreprise la science politique peut aussi nous inspirer. Hobbes, c'est celui dont on dit que la philosophie a contribué au concept de "pouvoir". Son oeuvre la plus connue est bien sûr "le Leviathan", symbole d'un "homme virtuel", l'Etat, qui nous protège. L'objectif est d'analyser ce qui fait la souveraineté,et pourquoi nous vivons en société.

Je le retrouve dans le pavé de 600 pages de Luc Foisneau, considéré comme LE spécialiste de cet auteur : "Hobbes, la vie inquiète". Il présente lui même son livre comme " l'aboutissement d'une vingtaine d'années de recherche et d'enseignement". 

Une controverse intéressante à retrouver est celle entre Hobbes et Machiavel, à propos de ce qui fait le pouvoir du souverain, et ce concept de vertu (virtù).

Pour Machiavel, ce qui fait la virtù du Prince, c'est son aptitude exceptionnelle à répondre aux aléas de la fortuna, c'est à dire à profiter des situations. Ce qui fait la grandeur n'est pas la capacité à respecter des règles, mais une aptitude à répondre de manière à chaque fois singulière à l'imprévisibilité des circonstances. Donc pas besoin de respecter les règles, ni d'être juste, car ce qui compte c'est le résultat, donc la victoire ("la fin justifie les moyens"). 

Ainsi est posée la question pour ceux qui viendront après Machiavel, dont Hobbes, de savoir si, pour bien gouverner, il est nécessaire, ou non, de savoir oublier les règles de la moralité commune.

L'oeuvre de Hobbes vient précisément, avec sa "théorie de la vertu de justice" répondre directement à la définition machiavélienne de la virtù. Dans la conception de Hobbes de l'Etat souverain, l'Etat-Leviathan, cette notion de virtù du prince exceptionnel a une place très réduite.

La vertu dont parle Hobbes est celle de "la vertu de justice", dont il dit dans le chapitre XV du Léviathan que " ce qui donne aux actions humaines la saveur caractéristique de la justice, c'est une certaine noblesse ou générosité (qui se rencontre rarement) du tempérament, par laquelle un homme dédaigne d'envisager, pour la satisfaction de son existence, le recours à la fraude ou à la violation de ses promesses".

Pour lui il n'est pas concevable que "la méchanceté couronnée de succès a obtenu le nom de vertu; et certains qui en toute occasion ont condamné le fait de violer sa foi, l'ont cependant admis, quand c'était pour conquérir un royaume".

Ce à quoi s'oppose Hobbes, c'est une invocation de l'histoire qui justifierait la conception de Machiavel : c'est en observant les grands succès de l'Histoire, et les succès des criminels, que l'on justifierait leur virtù. (Luc Foisneau observe d'ailleurs que cette interprétation de Hobbes ne correspond pas exactement à la thèse de Machiavel, qui ne dit pas que tuer ses concitoyens est un acte de vertu).

Pour Hobbes, l'homme juste est l'homme généreux, cette générosité étant " la saveur caractéristique de la justice", et donc ce refus de "la corruption et de la fraude". Rencontre de la vertu et de la prudence, l'homme généreux selon Hobbes constitue alors le prototype du citoyen moderne, selon Luc Foisneau. 

Et cela s'applique aussi au souverain. Citons l'analyse de Luc Foisneau :

" S'il y a bien un savoir du prince, ce dernier est un savoir moral de la politique. Pour exercer le pouvoir dans un Etat hobbesien il faut connaître la science de la justice, celle de faire les lois et de les faire appliquer, qui est une science du gouvernement et de l'obéissance. Hobbes ne demande pas au prince d'être un virtuose de la politique; il lui demande de comprendre le bon usage des lois".

Dans cette conception l'exercice de la souveraineté n'exige pas que le souverain possède de grandes vertus intellectuelles, mais qu'il sache faire un bon usage des vertus intellectuelles de ses conseillers. La vertu du souverain résidera dans sa capacité à prendre les bonnes décisions.

On retrouve là l'opposition,que l'on peut aussi voir en action dans nos entreprises, entre la conduite solitaire de l'homme providentiel, le guerrier qui fonce, et la conduite hobbesienne de la vertu de justice. Un peu comme ce dirigeant qui aimait se comparer à Charles V ICI. 

Le pouvoir hobbesien, qui fait un "bon usage des vertus de ses conseillers", voilà de quoi inciter nos dirigeants à faire confiance en leurs consultants plutôt qu'à leur seul charisme, ou bonne fortune.

Cela vaut aussi, encore aujourd'hui, pour ceux qui veulent se frotter à gouverner nos Etats modernes.

Merci à Hobbes et Luc Foisneau...

 


Dans le milieu d'une forêt

ForêtDans le management, comme en d'autres occasions de la vie, le doute s'installe de temps en temps : dois-je choisir telle ou telle direction? Mes choix d'hier sont-ils encore les bons? On rencontre les deux types de personnages et de managers :

Ceux qui vont vous expliquer leurs "convictions", et pourquoi "on a toujours fait comme ça". Ceux-là, on va dire qu'ils sont déterminés, mais parfois aussi un peu bornés et têtus, non? Et est-ce qu'ils savent encore écouter, à force de tout juger à l'aune de ces "convictions"? Et en pensant toujours suivre le même but, de rater les virages, les "disruptions", les innovations.

Et puis il y a ceux qui sont toujours en train de douter, voire carrément comme ces philosophes de l'Antiquité qui affirmaient que la vérité ne peut être connue et que tout doit être soumis au doute (on les appelait, et on appelle ceux-là encore les sceptiques). Ceux-là changent d'avis, hésitent, cherchent une "synthèse" pour ne pas prendre de décision (on en connaît, non?). Mais on dira aussi qu'ils sont prudents, qu'ils ne prennent pas de décisions "à la légère". Avec le risque, en ne choisissant pas, de perdre des opportunités, de ne pas innover. 

Les deux attitudes sont donc à risque pour qui veut innover, et saisir les opportunités.

Alors, on fait quoi? Et quel rapport avec la forêt ? 

Cette image, c'est celle qu'utilise Descartes dans la troisième partie de son "Discours de la méthode". Cette troisième partie est précisément celle où Descartes s'interroge sur le sens de la vie et le moyen d'y trouver le bonheur. Et pour cela il il propose des "maximes". L'histoire de la forêt est dans la deuxième, où il évoque :

" ces voyageurs qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, ni encore moins s'arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté, et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que que ce n'est peut-être été au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir; car par ce moyen, s'ils ne vont justement où ils le désirent, ils arriveront au moins à la fin quelque part où vraisemblablement ils seront ils seront mieux que dans le milieu d'une forêt".

Le bénéfice de cette attitude est pour Descartes de se " délivrer de tous les repentirs et les remords qui ont coutume d'agiter les consciences de ces esprits faibles et chancelants qui se laissent aller inconstamment à pratiquer comme bonnes les choses qu'ils jugent après mauvaises".

Donc, il vaut mieux choisir une direction et s'y tenir que de rester dans l'indécision.

Mais vouloir marcher vers un même côté, est-ce que cela ne va pas nous conduire à nous obstiner, comme mon manager avec ses "convictions"? Et qu'est ce que l'on fait si l'on veut changer d'avis?

En fait, toute la subtilité de la comparaison est dans le choix de cette forêt ( Denis Moreau, spécialiste de Descartes, en a fait le titre d'un de ses ouvrages, dans lequel je retrouve cette analyse). 

Car il suffit de se promener réellement dans une forêt pour rapidement comprendre que la ligne droite unique n'existe pas. Je vais partir d'un arbre A et me diriger vers un arbre B. Mais une fois arrivé à cet arbre B, je vois encore plein d'arbres autour de moi, et je ne dispose plus du point de repère qui me permettait de conserver ma première direction. Et je risque donc de tournoyer, et de rencontrer ces "repentirs et remords". 

Alors, que nous dit cette comparaison?

Elle nous enseigne justement à parcourir la forêt en choisissant un point B, un C, un D, dans le même alignement, et une fois arrivé à B, je vais choisir un arbre E, en continuité des autres; à chaque étape, je rajoute un arbre sur mon parcours. 

On comprend alors que le choix ne consiste pas à prendre une "grande" décision, unique, à laquelle on ne touche plus, mais à effectuer de petits pas, des choix modestes, les uns après les autres, et que c'est leur accumulation qui permet d'aller droit, sans décision spectaculaire. Cette maxime de Descartes est celle qui nous invite à nous défier des cette grandiloquence des grandes décisions stériles.La résolution est un travail du présent, dans chacun des petits choix, en maintenant chaque décision, même si on n'est pas certain qu'elle est la bonne; c'est la prochaine direction, le prochain arbre, qui me fera avancer. 

Cette attitude permet d'éviter de croire que "c'est gagné" (ou "c'est foutu"), parce que je me suis un jour engagé. Le choix est de trouver sa constance, ses valeurs peut-être, qui nous font avancer pas à pas.

Un petit tour en forêt pour trouver le chemin, voilà un sage conseil. 

Et garder le cap de cette philosophie cartésienne. Descartes qui dans ses "Méditations métaphysiques" nous avertit : " Je n'ai aucun droit de me plaindre".

Promenons-nous dans les bois,......Le loup n'y est pas...

 

 


Soyons sages !

ARISTOTEEthique, sagesse, voilà des mots qui viennent dans le management. Certains disent que ce sont les conditions indispensables pour être leader aujourd'hui.

En ces temps où l'on parle de scandales de Volswagen, des turpitudes de dirigeants pas très nets, il y a du boulot pour changer tout ça, non?

C'est le sujet de ma chronique du mois sur "Envie d'Entreprendre", la dernière de la saison.

Cela parle même d'Aristote, de l'éthique, de la Raison, du désir.

Un peu de philosophie....

Alors.....


Sapere Aude !

 

SapereAudeJe lis dans le journal de Julien Green à la date du 4 août 1946 :

" Le jour où un homme se rend compte qu'il ne pourra jamais tout savoir est un jour de deuil. Puis vient le jour où le soupçon l'effleure qu'il ne pourra même pas savoir beaucoup de choses, et enfin l'après-midi automnale où il lui apparaît qu'il n'a jamais très bien su ce peu qu'il croyait savoir".

Mais, malgré ce peu que l'on sait, s'exprimer en tant qu'individu, s'exprimer pour soi, est un don que beaucoup n'osent utiliser. Kant l'exprimait déjà avec force, en répondant à la question "Qu'est-ce que les Lumières?" en 1784. Cela mérite relecture (le texte complet figure dans le numéro hors série de L'OBS sur "les Lumières - Un héritage en péril") : 

" Les Lumières se définissent comme la sortie de l'homme hors de l'état de minorité, où il se maintient par sa propre faute. La minorité est l'incapacité de se servir de son entendement sans être dirigé par un autre. Elle est due à notre propre faute quand elle résulte non pas d'un manque d'entendement, mais d'un manque de résolution et de courage pour s'en servir sans être dirigé par un autre. Sapere Aude, aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des lumières".

Cette formule latine, Sapere Aude, est attribuée à Horace, mais reste associe à ce texte de Kant. 

" La paresse et la lâcheté sont les causes qui expliquent qu'un si grand nombre d'hommes, alors que la nature les a affranchis depuis longtemps de toute direction étrangère, restent cependant volontiers, leur vie durant, mineurs; et qu'il soit si facile à d'autres de se poser comme leurs tuteurs. Il est si commode d'être mineur. Si j'ai un livre qui me tient lieu d'entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui juge de mon régime à ma place, etc, je n'ai pas besoin de me fatiguer moi-même. Je ne suis pas obligé de penser, pourvu que je puisse payer; d'autres se chargeront pour moi de cette besogne fastidieuse. Que la plupart des hommes finissent par considérer le pas qui conduit à la majorité, et qui est en soi pénible, également comme très dangereux, c'est ce à quoi ne manquent pas de s'employer ces tuteurs qui, par bonté, ont assumé la tâche de veiller sur eux. Après avoir rendu tout d'abord stupide leur bétail domestique, et soigneusement pris garde que ces paisibles créatures ne puissent oser faire le moindre pas hors du parc où elles les ont enfermées, il leur montrent ensuite le danger qu'il y aurait à essayer de marcher tout seul".

Kant peut revenir; les enclos où nous nous enfermons, refusant d'être les héros de nous mêmes, sont encore présents, empêchant l'innovation d'éclore et de se développer. Et que dire de l'Etat, qui veut toujours nous protéger et tout décider à notre place ? Alors que cette formule nous aide à croire en notre propre force et notre propre volonté.

Sapere Aude !

C'est mieux que Nuit Debout....