Je suis une plateforme

Plateforme2Un mot de cette année, ce sera notamment le mot "plateforme". Je l'entend partout.

Les start-up qui veulent monter  des plateformes, les sites "places de marché" pour mettre en relation des vendeurs et des acheteurs de n'importe quoi. Au pont que ça s'applique maintenant aux individus eux-mêmes : je suis ma propre plateforme, je me monétise en créant un lien entre ceux qui m'écoutent et ceux que j'écoute, et avec ça je "monétise". Les consultants sont des plateformes, mais aussi les étudiants, riches de leurs études, qui cherchent le meilleur job pour "valoriser leur plateforme". La plateforme crée un effet de réseau; plus je connais de personnes, plus mon réseau s'agrandit, plus ma plateforme prend de la valeur. On s'intéresse à mes idées, on les achète, parce que je les ai collectées grâce à ma plateforme très étendue. 

Cette histoire de plateforme intéresse aussi les communicants. L'approche de la consommation traditionnelle par les publicitaires consistait à interrompre les lignes éditoriales par des messages publicitaires, à la télévision ou au cinéma. Et puis les plateformes ont permis de consommer les médias quand on veut, avec Facebook ou youTube. Et donc moi qui suis une plateforme, je fréquente les plateformes qui m'intéressent, à tout moment. Et donc les communicants doivent trouver les lieux ou les moments où je suis disponible pour les recevoir.

Ce qui fait la valeur des plateformes et de ma plateforme personnelle c'est donc aussi le réseau des plateformes auxquelles je me connecte. Et comment connecter et transformer toutes les idées en valeur? 

Alors, quelle est exactement ma plateforme? Comment la développer? Comment lui donner de la valeur et la "monétiser" au mieux?

Peut-être existe-t-il une plateforme pour aider à trouver les réponses ?

 

 


Ma cueillette à l'Université du MEDEF 2017

CueilletteMEDEFCette année l'Université du MEDEF avait pour thème " Confiance & croissance". J'y étais. 

C'est un bon moyen de recueillir les thèmes et tendances qui circulent.

Voici à la volée avec quoi j'en suis revenu.

Un débat sur la Défense et l'Armée avec le Général Denis Mercier, commandant Suprême Allié pour la transformation de l'OTAN qui s'exprime sur ce qui fait l'innovation dans l'armée. Deux ingrédients selon lui : la donnée et le capital humain. Pour cela il nous indique pratiquer le Design Thinking car une expression de besoin n'amène pas à trouver une solution. Une expression de besoin, avec l'approche Design Thinking, doit amener à un problème avant d'imaginer une solution. Pour le capital humain, et son développement, il pratique le "Wargaming". Voilà encore un dirigeant qui croit à la stratégie par le jeu.

Une keynote de Jean-Dominique Sénard, PDG de Michelin, arpentant la scène, pour nous dire sa conviction que la révolution digitale est encore mésestimée dans ses effets "perturbateurs". Les entreprises, et leurs dirigeants, à titre individuel, ont un rôle dans la nécessaire modification de notre modèle social. Le but est de faire fleurir nos talents et pour cela d'enclencher la responsabilisation qui va révolutionner la gestion des entreprises. L'autonomie est le maître-mot, qui se traduit par une responsabilisation des équipes, comme l'a fait Michelin au niveau de tous ses établissements. 

Un débat sur " Quelle équipe de France pour conquérir le monde?". Avec le philosophe Raphaël Enthoven qui nous explique que "la réussite, ce n'est pas réussir dans la vie, c'est aussi réussir sa vie". Et que "On ne reçoit pas la confiance; la confiance n'est pas un contrat; la confiance on se la déclare à soi-même". A cette même table ronde, Claude Onesta, manager général de l'équipe de France masculine de Handball : " Manager, c'est avoir le goût des autres, s'intéresser non pas à ce qu'ils font, mais à ce qu'ils pensent". Travailler en collectif, et non en mettant en compétition les uns contre les autres. Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal, confirme " Il faut retrouver le sens du collectif".

Un débat sur l'économie circulaire : L'économie circulaire tourne-t-elle rond ou en rond ? Avec Jean-Louis Chaussade, directeur général de Suez : " L'économie circulaire est le moyen de continuer la croissance sans augmenter le prix de la matière première". 

Une keynote de Laurent Alexandre, chirurgien-urologue, président de DNA Vision et de NBIC France, sur l'intelligence artificielle qui va bouleverser l'économie. Pour lui, c'est fait : " les entreprises qui capturent la valeur sont les leaders de l'IA". Whatsapp, avec 55 salariés, a été racheté par Facebook 23 milliards de dollars, valant ainsi plus que Peugeot, qui existe depuis 200 ans, et a 200.000 salariés. L'Europe a été rayée de la carte dans les Télécoms; cela sera la même chose dans l'automobile, les voitures électriques et les voitures autonomes ne seront ni françaises ni européennes. Lorsque les évolutions technologiques sont rapides, l'Europe, trop linéaire, n'y arrive pas. Le risque est que l'industrie automobile soit balayée dans vingt ans. Il nous faut changer de stratégie sur l'IT et l'IA, car nous sommes des "crapauds numériques". Sur l'IA l'Europe réglemente et interdit, n'ayant rien compris. nous avons besoin d'élites qui soient moins technophobes que nos élites actuelles. Eh ben !

Une table ronde sur " Court terme vs long terme : savoir anticiper l'avenir", avec cette remarque de Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain : " Le long terme n'est qu'une succession de courts termes".

 Un débat sur les "seniorpreneurs" , ce phénomène de plus en plus courant de séniors qui deviennent créateurs d'entreprises. Selon l'INSEE 16% des créateurs d'entreprises ont aujourd'hui plus de 50 ans, et le mouvement devrait s'amplifier dans les prochaines années. Michel Noir, ex maire de Lyon, politique reconverti dans l'entreprenariat, a créé l'entreprise "Happy Neurone" pour développer des logiciels de jeux pour entretenir le cerveau des seniors. Pour lui, dans un monde où pour chaque enfant qui naît aujourd'hui, un sur deux sera centenaire, le cerveau apprend à tout âge, et le potentiel de la population de 55 à 75 ans n'est pas assez exploité. 

Une table ronde sur "Libérez l'entreprise" pour délivrer un message au ministre Bruno Le Maire présent. Nathalie Stubler, directrice générale de Transavia, résume son ambition pour libérer l'innovation et encourager le ministre à la réforme : " Think Big !".

Une partie des débats sont ICI en vidéos. A chacun sa cueillette !


Vous n'en avez pas marre de la "transformation digitale" ?

TransformationABCVous devez les rencontrer comme moi tous ces gens, consultants, auteurs, journalistes, qui vous parlent de la "transformation digitale". Essayez de trouver le site d'un cabinet de conseil qui n'en parle pas. Sans parler des 31.800.000 résultats quand on tape les deux mots sur Google.

En fait pour les entreprises qui parlent de "transformation digitale" et les consultants qui s'en disent spécialistes, cela consiste souvent à chercher et à mettre en place des "trucs", des applications mobiles, des sites web de e-commerce. Finalement cela correspond à des évolutions plutôt incrémentales, qui ne viennent pas revoir structurellement l'innovation. D'où la prolifération des "challenges", des "hackatons", et autres démarches pour trouver les idées géniales. Mais, honnêtement, combien de ces idées, même géniales, viennent vraiment restructurer l'entreprise, et faire émerger un véritable nouveau, et surtout BIG business ? Pas tant que ça...

Peter Thiel, dans son livre "De zéro à Un", explique qu'il y a deux types de progrès, le progrès horizontal et le progrès vertical : le progrès horizontal c'est celui qui consiste à copier ce qui marche, en mieux si possible, et à le développer à une plus grande échelle. C'est trouver le moyen de vendre plus de voitures, plus de billets d'avions, de toucher plus de monde. C'est passer de 1 à N.C'est le principe de la mondialisation. C'est le programme de la Chine : devenir dans vingt ans ce que sont les Etats-Unis aujourd'hui. 

Le progrès vertical, c'est celui de la technologie, celui qui fait passer de zéro (rien n'existe) à un (quelque chose de nouveau existe). D'où le titre du livre. C'est ça la "pensée Start-Up", remettre en question les idées reçues, faire du neuf à partir de zéro, repenser l'entreprise. Or, dans les entreprises les plus grandes, il est justement très difficile de développer de véritables nouveautés, et encore moins d'y parvenir tout seul, même si on est CDO (Ce fameux Chief Digital Officer qui arrive d'une autre grande entreprise, généralement un peu plus "Techno" avec plein d'espoirs). Car un génie solitaire est peut-être capable de produire une oeuvre d'art ou de littérature qui deviendra un classique, mais jamais de créer un nouveau secteur industriel ou de services tout entier. Pour que les choses se fassent et débouchent, il faut savoir travailler avec les autres, à l'intérieur et à l'extérieur de l'entreprise. 

Et donc tous ces experts qui nous parlent de "transformation digitale" et qui croient que ces deux mots suffisent à caractériser une stratégie en soi se trompent complètement. 

Le véritable enjeu stratégique n'est pas celui du digital, mais celui de l'innovation, passer de zéro à Un. Il ne s'agit pas de se "digitaliser" avec de nouveaux outils (mais qu'est-ce que ça veut dire?), mais de comprendre que nous sommes dans un nouveau monde où toutes les règles du jeu sont en train de changer. Et le jeu, c'est celui de l'innovation, et non du "digital". Dans ce nouveau monde, ce que permet le digital, c'est de répondre plus efficacement à de nouveaux besoins, et d'accroître le rythme et l'origine des innovations; encore faut-il savoir justement innover. Innover avec de nouveaux business models, innover en identifiant les "blind spots" de ses concurrents, innover en planifiant autrement. 

Et là, tous ces experts en "digital", "experts du web", et autres, paralysés par leurs outils, vont souvent décrocher, ou se limiter à des trucs digitaux qui ne viendront pas vraiment assurer la pérennité du business, ni protéger l'entreprise contre les attaques des acteurs, surtout les nouveaux (tous ces disrupteurs de la distribution, et aussi ceux qui vont faire de la détention des données une nouvelle force pour attaquer les entreprises installées). 

Car la survie sur le long terme reste liée à la capacité à innover en continue, et non seulement à l'occasion du super "plan de transformation digitale". 

Peter Thiel combat également ceux qui ont une vision qu'il appelle "darwinienne" du progrès : C'est cette conception que la vie progresse sans que ce soit le dessein de personne. C'est "l'évolution", c'est à dire le progrès sans planification. Chaque entité vivante n'est que la version aléatoire d'un autre organisme, et les meilleures versions l'emportent. 

Mais voilà, pas sûr que cette théorie qui a expliqué l'origine et la disparition des dinosaures soit encore valable pour parler d'innovation dans les entreprises. Peter Thiel n'y croit pas du tout. Tous ceux qui disent que l'on ne peut rien prévoir, qu'il faut seulement se laisser porter par l'évolution, en créant des "start-Up allégées capable de s'adapter et d'évoluer" dans un environnement en constante mutation, se trompent. Avec cette théorie darwinienne, il faudrait que l'on abandonne l'espoir de savoir d'avance, mais que l'on se laisse porter en écoutant ce que les clients disent vouloir, et ne rien créer d'autre que ces fameux "MVP" (Minimal Viable Product, Produit Minimum Viable) qui permet, via des tests auprès des premiers acheteurs, de valider l'existence du besoin, d'identifier le marché, et de valider sa rentabilité. Mais cela ne permettra pas forcément d'innover vraiment. Comme Peter Thiel le signale, " vous pouvez élaborer la meilleure version possible d'une appli qui permet aux gens de commander du papier de toilette à partir de l'Iphone".

Mais cela ne permettra pas de d'atteindre le maximum global. Sans plan audacieux, aucune progression itérative ne nous mènera de zéro à un. C'est quand même, in fine, la conception intelligente qui fera gagner. 

Et la conception, l'innovation, par opposition à la confiance dans le hasard uniquement, c'est du sérieux. Comme le dit Peter Thiel, pour nous inciter à rejeter la tyrannie du hasard : " Vous n'êtes pas un billet de loterie". 

Cela rappelle ce concept de W.Chan Kim et Renée Mauborgne, "la stratégie Océan Bleu": toute une approche pour aller chercher les domaines et les innovations qui nous feront dépasser les concurrents qui se copient et se tuent dans "l'océan rouge" pour aller nager au large dans "l'océan bleu". 

Alors, "la transformation digitale" ? Ne nous laissons pas avoir. 

Prenons au sérieux l'innovation et la compréhension des nouvelles règles du jeu, et l'identification planifiée des ripostes et des armes de la nouvelle guerre stratégiques. Car la "transformation digitale" ne pourra pas remplacer la stratégie.

Cela changera du hasard et des conseils bidons de tous ces "experts du digital" auto-proclamés, qui ignorent l'innovation et la stratégie, et  nous font investir dans des applis et des sites internet sans lendemains.