Communiquer avec bienveillance : le secret de la CNV

CommunicationPartant de la conviction profonde que notre nature nous porte à aimer donner et recevoir dans un esprit de bienveillance, Marshall B. Rosenberg à conceptualisé et développé une pratique du langage et de la communication qui vise à renforcer notre aptitude à conserver nos qualités de cœur, même dans des situations éprouvantes ou de conflits. Il a appelé cette pratique la "Communication Non Violente" (CNV). Ce modèle part des prémisses que nous avons tous des besoins fondamentaux semblables et que nous sommes capables de montrer de la bienveillance à l'égard de nos propres besoins et de ceux de nos semblables.

Ce modèle de la CNV nous engage ainsi à reconsidérer la façon dont nous nous exprimons et dont nous entendons l'autre. Les mots que nous employons deviennent alors des réponses et des expressions réfléchies, émanant de de la prise de conscience de nos perceptions et de nos émotions.Cela consiste dans tout échange à être à l'écoute de nos besoins et de ceux d l'autre.

De nombreuses situations de conflits et d'incompréhensions, par manque d'écoute, peuvent être ainsi résolues par ce modèle. Au point que l'on peut être encore étonnés que tant de managers ignorent encore celui-ci.Ou l'oublient.

Mais en quoi consiste ce modèle ?

Il est représenté dans le schéma ci-contre.

CNV

Il comprend quatre composantes sur lesquelles nous focalisons notre attention.

  1. Observation objective de la situation, sans jugement: les faits.
  2. Les sentiments : qu'éveillent cette situation (qui ne sont ni des jugements ni des interprétations)
  3. Les besoins : cette étape permet de les prendre en compte; ce sont nos motivations, nos aspirations. Il s'agit de nos besoins propres (et non "j'ai besoin que tu..")
  4. Les demandes que nous formulons pour satisfaire ces besoins; ces demandes sont négociables et ouvrent le dialogue avec autrui.

Ce modèle vaut pour la compréhension de nos propres sentiments et besoins, mais aussi celle des sentiments et besoins de l'autre. 

La démarche est alors simple :

J'observe un comportement concret qui affecte mon bien-être,

Je réagis à ce comportement par un sentiment,

Je cerne les désirs ou besoins qui ont éveillé ce sentiment,

Je demande à l'autre des actions concrètes qui contribueront à mon bien-être.

La démarche va consister à exprimer les quatre composantes nous concernant, puis à accueillir les quatre composantes dans l'expression de l'autre en utilisant nos quatre composantes.(ou l'inverse, ça marche aussi).

Simple, mais pas si simple.

Pour aller plus loin on a l'ouvrage de référence de Marshall B. Rosenberg " Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) - Introduction à la communication non violente".

Les vidéos de Marshall B. Rosenberg, comme ICI.

Et aussi une association pour la communication non violente. 

J'avais aussi fait un post sur la girafe et le chacal ICI. C'est la girafe qui nous apprend à écouter.

Au-delà du modèle technique, la CNV, pour ses adeptes les plus inspirés, c'est de renouer avec une humanité commune et un état de compassion qui est naturel lorsque nulle violence n'est présente dans nos pensées ou dans nos cœurs. 

Ambitieux programme...

Il suffit d'y croire pour s'y mettre.


Insignifiance

SENSDans notre société, comme dans nos entreprises, on n'arrête pas de parler de "perte de sens"; comme une impression que l'on cherche de plus en plus de sens à ce que l'on fait, et à sa vie, et qu'on a de plus en plus de mal à en trouver.

Mais pourquoi aujourd'hui a-t-on autant de mal à trouver du sens ? Notre environnement nous donne ou non ce sens que nous recherchons. Et pourquoi certains milieux nous inspirent-ils si peu de sens? Et si la société dans son ensemble avait contribué à cette perte de sens ?

Cette histoire ne date pas d'hier. 

Cornelius Castoriadis dans un entretien de 1993, figurant dans un recueil de 1996,  " Les carrefours du labyrinthe 4" appelle "la montée de l'insignifiance".   Elle correspond à une société à laquelle les individus ne peuvent plus s'identifier. Si l'on ne peut rien faire de sa liberté, cette liberté devient "pure figure du vide", et l'homme contemporain se réfugie alors dans le surremplissage de ses loisirs, dans un "train-train répétitif et accéléré". 

Dans un autre entretien, au moment de la sortie du recueil en 1996, Castoriadis précise en parlant de l'impact de cette montée de l'insignifiance sur les citoyens : 

"Toute la vie politique vise précisément à leur désapprendre à gouverner. Elle vise à les convaincre qu'il y a des experts à qui il faut confier les affaires. Il y a donc une contre-éducation politique. Alors que les gens devraient s'habituer à exercer toutes sortes de responsabilités et à prendre des initiatives ils s'habituent à suivre ou à voter pour des options que d'autres leur présentent. Et comme les gens sont loin d'être idiots, le résultat, c'est qu'ils y croient de moins en moins et qu'ils deviennent cyniques.".

La montée de l'insignifiance, c'est aussi le développement du culte de l'éphémère. Ce sont les médias qui nous ont éduqués (c'est à dire déformés) pour ne pas s'intéresser à quelque chose qui dépasse quelques secondes ou minutes. Les spots publicitaires, les petites phrases politiques. C'est ce que Castoriadis appelle la crise du sens.

Dans cette crise de sens, cette société de l'insignifiance, cette décomposition se voit surtout dans ce que Castoriadis appelle " la disparition des significations" et "l'évanescence presque complète des valeurs". 

Alors, la seule valeur qui reste dans cette situation l'idéal sublime de la vie sociale c'est "enrichissez-vous". Mais alors dans cette société réduite à cet idéal que constaterait-on :

" Les fonctionnaires devraient demander et accepter des bakchichs pour faire leur travail, les juges mettre les décisions des tribunaux aux enchères, les enseignants accorder les bonnes notes aux enfants dont les parents leur ont glissé un chèque, et le reste à l'avenant".

La seule barrière serait la peur de la sanction, mais pourquoi ceux qui administrent la sanction seraient-ils incorruptibles? Comme dit Castoriadis : " Qui gardera les gardiens?". La corruption généralisée peut vite devenir un trait structurel et systémique de la société victime de la montée de l'insignifiance.

Le sujet, c'est aussi jusqu'où on peut tout faire tant qu'il s'agit de développer la croissance matérielle (mentir? trahir? tuer? ...).

 Dans cette société qui laisse faire la montée de l'insignifiance, certains personnages deviennent inconcevables : " le juge incorruptible, le fonctionnaire wébérien, l'enseignant dévoué à sa tâche, l'ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une source de fierté".

Même l'entrepreneur, celui qui est créatif, qui a la capacité de réunir des capitaux, de se lancer, d'explorer de nouveaux marchés, disparaît, remplacé par des "bureaucraties managériales". 

 Car quand on se laisse entraîner à faire comme tout le monde, à supporter l'insignifiance, on ne cherche pas à faire la différence. 

Castoriadis porte ses réflexions sur la sphère politique et se désole de cette situation de "décomposition". Il aimerait un sursaut, qui mettrait au centre de la vie humaine "d'autres significations que que l'expansion de la production et de la consommation, qui poserait des objectifs de vie différents pouvant être reconnus par les êtres humains comme valant la peine".

 En clair, il faudrait qu'autre chose donne du sens à leur vie. Il aimerait voir sortir "d'autres systèmes politiques, une véritable démocratie comportant la participation de tous à la prise de décisions".

 L'atomisation des individus ne doit pas être confondue avec l'autonomisation :

" Lorsqu'un individu achète un frigo ou une voiture, il fait ce que font 40 millions d'autres individus, il n'y a là ni individualité, ni autonomie".

La mystification vient entre autres de la publicité qui nous dit " Personnalisez-vous avec la lessive X"; Et voilà des millions d'individus qui se "personnalisent" en achetant la même lessive.

 On peut facilement retrouver ces questions dans le monde de nos entreprises. Face à l'insignifiance ceux qui se contentent de suivre le mouvement, de passer de bons moments entre collègues, de ne pas se faire remarquer, deviennent ces individus uniformes qui ne se rendent pas compte qu'ils gaspillent leur liberté en futilités et inutilités. Sans sens, l'insignifiance triomphe. Nous ne savons plus pourquoi nous agissons et abandonnons tout défi.

La situation est tout aussi grave. C'est pourquoi on peut facilement transposer et s'approprier ces réflexions de Castoriadis : 

" Ceux qui ont conscience de la gravité de ces questions doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir - qu'il s'agisse de la parole, de l'écrit ou simplement de leur attitude à l'endroit qu'ils occupent - pour que les gens se réveillent de leur léthargie contemporaine et commencent à agir dans le sens de la liberté".

Ce qu'il nous apprend c'est à ne pas nous laisser envahir par l'insignifiance et la vacuité, et d'oser être vraiment libres. Encore mieux que parler, écrire, l'attitude c'est d'agir. Avec le courage d'Aristote...

Et pas seulement en politique.

Vive la liberté !


Le héros vagabond

WandererParmi les archétypes du héros explorés par Carol S.Pearson, dont j'ai parlé ICI et ICI, la figure du vagabond est celle qui nous permet de nous retrouver et de reprendre la route.

Alors que l'orphelin commence son histoire au paradis (dont il est chassé, ce qui le rend si malheureux), le vagabond commence son histoire en captivité. Cette captivité est le symbole du status quo, de l'ennui dans une situation, d'un rôle qui est une fausse identité qui ne nous convient plus. Mais cette captivité peut aussi être heureuse : c'est celle du confort, des habitudes, de notre cercle de relations dans lequel nous nous sentons protégés.

La captivité qui fait se réveiller le vagabond, heureuse ou malheureuse, c'est celle où nous ressentons une soif d'aventure, et l'envie de s'échapper. C'est là que l'archétype du vagabond vient nous chercher. 

Dans un premier temps, ce que va ressentir ce vagabond, c'est un profond sentiment de solitude, pour ensuite permettre de nouvelles rencontres plus satisfaisantes. Car le vagabond décide d'abord d'aller vers l'inconnu et l'incertain, en quittant le confort et les certitudes dont il ne veut plus. Le vagabond veut quitter le monde du consensus pour regarder le monde avec ses propres yeux, sa propre réflexion, une nouvelle lumière, avec la peur de se marginaliser, de ne plus faire autant plaisir aux autres. C'est une peur enfantine qui nous fait croire que nous ne pourrons pas survivre si nous ne faisons pas assez plaisir aux autres (mes parents, mes professeurs, mon manager, et parfois même mes collègues). Car le vagabond est celui qui décide de quitter le monde du connu pour le monde inconnu. Il va se mettre en route.

Ce qui va faire vraiment bouger le vagabond, c'est la découverte, par lui-même, de son vrai désir. L'orphelin aussi a ses "désirs" mais ils sont moins réels ("je veux ci", "je veux ça", et je n'y arrive pas..). Le vagabond a des désirs qui le rendent plus autonome; Il se connaît mieux. Le vagabond confronte sa peur d'être seul, isolé, pour entreprendre d'être vraiment lui-même. 

Quand l'archétype du vagabond émerge dans notre voyage de héros, on se sent coupé, même si nous ne sommes pas réellement seuls; C'est un ressenti. 

Cet archétype est nécessaire, car dans tout voyage du héros que nous entreprenons, nous avons besoin de ce moment de solitude pour nous permettre de savoir qui nous sommes. Certains ont besoin d'un moment comme cela chaque jour pour méditer, pour clarifier ce qu'ils sont. 

Le vagabond nous apprend à être nous même, vraiment et à chaque instant. C'est une discipline très exigeante. Ce qui déclenche la transformation du vagabond, c'est l'identification d'un ravisseur qui nous a capturé, et dont nous voulons nous échapper. Ce ravisseur est toute contrainte qui nous enferme, qui nous rend dépendant, qui nous empêche d'être nous-même.

En allant dialoguer avec notre archétype vagabond, nous apprenons à identifier tout ce que nous n'osons pas, les alternatives, les nouvelle initiatives.

C'est pourquoi nos entreprises et nos organisations ont aussi besoin de leurs vagabonds pour inventer les visions et les stratégies qui porteront les actions et les transformations. 

Alors, pour changer et transformer, n'oublions pas nos vagabonds !

 


Le héros orphelin

OrphanParmi les archétypes du héros, dont je parlais ICI, l'orphelin est celui qui nous inspire lorsque l'on se sent abandonné, négligé, et que nous nous demandons pourquoi tant de difficultés nous arrivent, sans que personne ne nous aide. C'est aussi ce sentiment de vivre une vie un peu plate, sans grande passion, sans profondeur, de manquer de sens.

C'est précisément ce que me raconte un manager rencontré cette semaine. Il a l'impression d'être submergé par ce que les clients, ses chefs, ses collaborateurs attendent de lui. Il a peur de les décevoir; il est perdu.Il ne sait pas trop quoi faire. Il se sent orphelin.

Lorsque cet orphelin est présent en nous, nous portons une forme de mélancolie, une méfiance vis-à-vis des autres (souvent sans justification, juste par principe), comme si nous étions toujours plus ou moins en danger. Nous allons attacher de l'importance à des petites choses, et nous sentons comme des victimes impuissantes. Nous voulons que les autres nous aident, mais aucune aide ne nous paraît suffisante. Les objectifs que nous nous sommes assignés, ou que d'autres nous ont fixés, nous semblent inatteignables, et avec le temps, nous allons abandonner doucement la volonté et le rêve pour éviter ainsi cette souffrance que notre imagination a créée.

Cette souffrance de l'orphelin est d'autant plus forte qu'il se souvient, ou rêve, d'un autre temps, un "âge d'or", où il aimerait revenir. Cet "âge d'or" est une figure mythique traditionnelle. C'est celle d'Adam et Eve dans le jardin d'Eden, dont ils se sont retrouvés chassés. C'est l'archétype de l'Innocent qui vient le challenger. L'Innocent est est une figure résolument optimiste, qui a des attentes fortes vis-à-vis des gens, et donc forcément quand il est frustré, bascule dans l'Orphelin.

La meilleure réponse héroïque pour l'Orphelin est de ressentir sa douleur,sa perte, et donc d'accepter d'être cet orphelin; C'est ce qui lui fait prendre conscience que l'on a besoin des autres dans la vie. Il vaut mieux se dire " je souffre, et je ne sais pas quoi faire", plutôt que de se plaindre ou d'accuser les autres de notre situation. 

Cette situation est, selon Carol S.Pearson, utile pour se préparer à bouger ensuite, par soi-même, vers d'autres archétypes, qui permettront de poursuivre le voyage. Il s'agit de dépasser la vision dualiste, " La vie est une souffrance" / " La vie est un Eden", et de considérer la vie comme un processus de transformation permanent, où nous abandonnons ce qui ne nous sert plus, où ceux que nous aimons, pour aller vers l'inconnu, ailleurs. 

Voilà pourquoi cet archétype de l'Orphelin est aussi une étape du voyage du héros dont nous avons besoin pour continuer et découvrir de nouveaux chemins.


Tous héros !

HEROSSommes-nous dans une époque anti-héros?

La situation est paradoxale : D'un côté nous recherchons des héros, des sauveurs, et nous nous plaignons que ceux qui nous dirigent, y compris au plus haut niveau de l'Etat (suivez mon regard), manquent de grandeur; Et de l'autre, le mot "héros" est souvent utilisé péjorativement. Le héros, c'est celui qui fait le malin. Dans les équipes professionnelles, celui "qui se prend pour un héros" est celui qui énerve les autres. Au point que l'on peut se convaincre, dans nos entreprises, qu'il vaut mieux faire comme tout le monde, ne pas trop se faire remarquer, ne pas prendre trop de risques. Et notre entourage va nous encourager à nous regarder comme moins talentueux, moins capable, moyen. Certains managers vont ainsi exceller à faire comprendre à leurs collaborateurs qu'ils ont besoin d'eux, car ils ne peuvent pas se débrouiller tout seuls (sinon ils seraient managers à la place du manager). Et l'on peut tomber alors dans une forme d'infantilisation.

C'est pourquoi il n'est pas facile de se prendre pour un héros.

Il est donc paradoxal de vouloir encourager chacun à se prendre pour un héros.C'est pourtant en se montrant "héros" que l'on prend vraiment sa vie en main. Pour cela, il ne s'agit pas de se prendre pour Superman, mais simplement de cesser de croire que, face à n'importe quel problème que l'on rencontre, il faudrait que "quelqu'un devrait s'en occuper" : mon chef, le gouvernement, n'importe qui, mais pas nous. Car on se sent trop faible, non autorisé, incapable, de régler soi-même ce problème. Imaginons un instant une entreprise contaminée par de tels comportements; Pas très difficile car ces entreprises, ces équipes, existent; On en connaît tous, non?

Une fois que l'on s'est convaincu que nous sommes un héros, avec une vie unique de héros, nous allons rencontrer des figures, des archétypes, qui sont des repères de notre voyage, qui nous attirent ou nous repoussent. 

Carol S.Pearson en présente six dans son livre " The hero within". Ces six archétypes, nous les rencontrons tous, à un moment où à un autre, dans notre voyage. Et si nous les connaissons, nous avons plus de chances de vivre bien ce voyage.

L'innocent : C'est l'état de grâce qui précède la chute. Pour l'innocent le monde existe pour sa satisfaction; c'est un comportement naturel chez l'enfant; chez l'adulte, cela ressemble à la négation de la réalité. L'innocent est l'archétype pré-héroïque ou post-héroïque. Quand nous sommes dans cet archétype nous sommes dans la confiance.

L'orphelin : C'est celui qui affronte la réalité de la chute, la déception. Il recherche la sécurité. Il a peur d'être exploité, abandonné. Il se sent impuissant. Il a un vif désir de retourner à l'innocence originelle. Il se sent victime d'un environnement hostile. Il va apprendre de l'adversité. Il recherche une hiérarchie, de la bienveillance. 

L'altruiste : C'est la victime. Il apprend à donner, à s'engager pour les autres.

Le guerrier : C'est celui qui mène son combat. Il apprend à lutter pour se défendre; il veut changer le monde à son image. Il poursuit un but personnel. Cela peut le rendre égoïste, matérialiste, si il n'écoute pas assez l'altruiste.

Le vagabond : Il entreprend de se retrouver. Il repart à l'aventure. Il va à la rencontre de son indépendance. Il veut se retrouver lui-même en dehors des autres. C'est un archétype de solitude, qui fait sortir du troupeau, avancer, se lancer, prendre le risque.

Le magicien: C'est celui qui apprend à se mouvoir avec l'énergie de l'univers. Il atteint une forme de sagesse. 

Dans chaque situation, tout au long de notre voyage de héros de notre vie, nous rencontrons tour à tour chacun de ses archétypes. Nous en oublions certains, nous nous bloquons sur d'autres. C'est en allant à la rencontre de chaque archétype que nous avançons. 

Vivre son voyage de héros, c'est trouver ce qui nous rend unique. Nous avons besoin d'être le vagabond pour entreprendre le voyage; nous avons besoin du guerrier pour prendre des initiatives et décider; nous avons besoin de l'innocent pour retrouver le goût et accepter le monde; nous avons besoin de l'orphelin pour survivre aux difficultés du parcours; nous avons besoin de l'altruiste pour être généreux; nous avons besoin du magicien pour transformer notre vie, pour prendre la responsabilité des choix de notre existence.

Nous sommes tous les héros de notre vie.

En avant !

 


Vitesse et lenteur

Vitesse11Dans le monde moderne, la vitesse a plus la cote que la lenteur. Quel que soit le programme, le fait d'aller vite, d'accélérer, en fait une preuve de qualité. Le dernier ouvrage de John P. Kotter, gourou du management à l'américaine, dont j'ai déjà parlé ICI, a pour titre " XLR8", lisez " ACCELERATE".

Dans son livre "Faire", dont le Figaro Magazine publie des extraits ce week-end, François Fillon parle de sa passion pour la course automobile :

" Rouler à près de 300 km/h dans une grande ligne droite, prendre un virage en traçant l'arc de cercle optimal et se relancer à fond, déboîter pour passer- juste avant que la fenêtre ne se referme - l'autre voiture dont on pourchassait la roue, ce sont des sensations qui d'une certaine manière n'ont pas d'autre raison d'être que leur propre intensité. C'est quelque chose qui prend aux tripes, c'est de l'adrénaline pure, c'est en même temps un état d'extrême concentration, physique et mentale, et c'est aussi la jouissance éphémère qui couronne un long, un très long effort de préparation."

François Fillon pratique aussi l'alpinisme, où là, c'est la lenteur, et la méditation, qu'il va vanter.

Bon, c'est pas de la grande littérature, on s'en doutait, mais on voit bien que cette histoire de "concentration" va servir à un couplet sur la politique, forcément, auquel on a droit trois lignes plus loin :

" En politique aussi, il faut faire la part du destin dans les cheminements et les trajectoires. On s'y confronte à des forces dont l'échelle de grandeur dépasse la mesure d'un individu. Qu'elles vous portent ou qu'elles vous résistent, il faut savoir composer avec elles. On cherche à connaître ses limites pour mieux les repousser, jusqu'au jour où le temps referme définitivement le cercle des possibles et donne à une vie d'homme un contour qu'elle ne franchira plus."

Pour Fillon, la vitesse c'est la jouissance éphémère, la concentration, la préparation. Et cette histoire de "cercle des possibles" qui se referme sur "une vie d'homme"...Lui, il a sûrement envie de repousser encore un peu les limites, pour devenir calife, lors de la course de la primaire.

Allons-voir Milan Kundera et son roman " La lenteur"; on change de niveau :

Au début du roman, le narrateur est précisément en train de conduire et observe dans le rétroviseur une voiture derrière lui, avec un chauffeur impatient qui aimerait bien le doubler. D'où ces réflexions sur la vitesse :

" La vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait cadeau à l'homme. Contrairement au motocycliste, le coureur à pied est toujours présent dans son corps, obligé sans cesse de penser à ses ampoules, à son essoufflement; quand il court il sent son poids, son âge, conscient plus que jamais de lui-même et du temps de sa vie. Tout change quand l'homme délègue la faculté de vitesse à une machine : dès lors, son propre corps se trouve hors du jeu et il s'adonne à une vitesse qui est incorporelle, immatérielle, vitesse pure, vitesse en elle-même, vitesse extase.

Curieuse alliance : la froide impersonnalité de la technique et les flammes de l'extase."

Cette comparaison avec la course à pied m'a fait penser à Nicolas Sarkozy (il fait aussi du vélo); et la motocyclette, au scooter de notre Président actuel. 

C'est vrai que la lenteur, ce n'est plus à la mode, et les marches tranquilles comme celles de Jean Monnet qu'il évoque dans ses mémoires (j'en avais parlé ICI) ne sont plus très à la mode.

Revenons à Milan Kundera :

" Pourquoi le plaisir de la lenteur a-t-il disparu? Ah, où sont-ils, les flâneurs d'antan? Où sont-ils ces héros fainéants des chansons populaires, ces vagabonds qui traînent d'un moulin à l'autre et dorment à la belle étoile ? Ont-ils disparu avec les chemins champêtres, avec les prairies et les clairières, avec la nature ? Un proverbe tchèque définit leur douce oisiveté par une métaphore : ils contemplent les fenêtres du bon Dieu. Celui qui contemple les fenêtres du bon Dieu ne s'ennuie pas; il est heureux. Dans notre monde, l'oisiveté s'est transformée en désœuvrement, ce qui est tout autre chose : le désœuvré est frustré, s'ennuie, est à la recherche constante du mouvement qui lui manque."

 Pour ces politiques en "recherche constante du mouvement qui lui manque", , faut-il cette  "pure adrénaline" et cette "jouissance éphémère", dont parle François Fillon, ou bien, parfois,  appliquer ce proverbe tchèque évoqué par Kundera, pour penser à contempler les fenêtres du bon Dieu ?

Même nos dirigeants et managers peuvent se poser la question.


Moi : additif ou soustractif ?

AdditiveAvec "L'immortalité", en 1990, Milan Kundera écrit son dernier roman en tchèque. Mais il ne se déroule plus dans le monde communiste de la Tchécoslovaquie. Ce roman se déroule à Paris, évoque Goethe, et est construit comme un ensemble d'histoires qui semblent indépendantes les unes des autres, mais avec des entrecroisements nombreux, ce qui nous fait identifier combien ces histoires sont très liées les unes avec les autres. Ce qui fait qu'il est impossible de le résumer, ni même de dire "de quoi ça parle". Cela se lit comme on écouterait une musique. On se laisse promener dans ces pages comme envoûté.

J'y trouve cette réflexion sur le moi et l'unicité de notre moi :

" Il y a deux méthodes pour cultiver l'unicité du moi : la méthode addictive et la méthode soustractive. Agnès soustrait de son moi tout ce qui est extérieur et emprunté, pour se rapprocher ainsi de sa pure essence (en courant le risque d'aboutir à zéro, par ces soustractions successives). La méthode de Laura est exactement inverse : pour rendre son moi plus visible, plus facile à saisir, pour lui donner plus d'épaisseur, elle lui ajoute sans cesse de nouveaux attributs, auxquels elle tâche de s'identifier (en courant le risque de perdre l'essence du moi, sous ces attributs additionnés)".

Immédiatement, on pense aux individus que l'on croise et que nous côtoyons : C'est un jeu distrayant de repérer les adeptes de chacune des deux méthodes. Ceux qui cherchent toujours à rajouter dans leur style des trucs qu'ils empruntent à d'autres, des comportements qu'ils copient, croyant ainsi acquérir ce qu'ils appellent de "l'expérience", et ceux qui au contraire cherchent constamment à devenir eux-mêmes. 

Kundera ajoute : 

"Tel est l'étrange paradoxe dont sont victimes tous ceux qui recourent à la méthode addictive pour cultiver leur moi : ils s'efforcent d'additionner pour créer un moi inimitablement unique, mais devenant en même temps les propagandistes de ces attributs additionnés, ils font tout pour qu'un maximum de gens leur ressemblent; et alors l'unicité de leur moi (si laborieusement conquise) s'évanouit aussitôt".

Qu'est-ce qu'être soi-même ? Un complément à la "culture de soi" de Michel Foucault.


Un secret

Plaisanterie"La plaisanterie" de Milan Kundera  : un roman écrit puis retouché et ré-écrit..

J'y trouve ce passage, sur le sens de ce qui nous arrive; comme un déchiffrement de la vie...

" Les histoires personnelles, outre qu'elles se passent, disent-elles aussi quelque chose?

Malgré tout mon scepticisme, il m'est resté un peu de superstition irrationnelle, telle cette curieuse conviction que tout événement qui m'advient comporte en plus un sens, qu'il signifie quelque chose; que par sa propre aventure la vie nous parle, nous révèle graduellement un secret, qu'elle offre comme un rébus à déchiffrer, que les histoires que nous vivons forment en même temps une mythologie de notre vie et que cette mythologie détient la clé de la vérité et du mystère.

Est-ce une illusion? C'est possible, c'est même vraisemblable, mais je ne peux réprimer ce besoin de continuellement déchiffrer ma propre vie".

Milan Kundera - " La plaisanterie" - 1967, 1985.


Faire en dix minutes ce que d'autres font en un mois !

DormirbureauCe n'est pas la première fois que j'entend ce genre d'histoire.

Pierre, en face de moi, me raconte sa nouvelle boîte dans laquelle il s'est fait embauché comme "Business Intelligence developper" (je comprends que c'est un job où l'on passe beaucoup de temps devant le clavier de l'ordinateur..). C'est ce que l'on appelle une start-up; elle a reçu de l'argent d'investisseurs prestigieux; les dirigeants sont deux jeunes types ex consultants; ils en veulent "à fond". 

Le principe, c'est de tout faire vite : la devise des patrons, c'est de faire en dix minutes ce que l'on ferait ailleurs en un mois. Tout est est dans la rapidité, l'action. Et on ne s’embarrasse pas de faire des plans, des calendriers; tout ça, c'est pour les entreprises "traditionnelles", c'est à dire les grosses boîtes imbéciles; non, dans cette start-up, on s'adapte tout le temps; on change de direction selon les priorités, et dès qu'on a une idée, on expérimente.

Dans cette folle ambiance, comme on dit , "on ne compte pas les heures". Les collaborateurs sont immergés 24/24 dans le feu de l'action. Car la croissance est énorme, alors pas le temps de s'arrêter.

Par contre, le cash est brûlé rapidement, et la boîte ne gagne pas encore d'argent; alors pas question de parler d'augmentation de salaires, ou de bonus trop généreux. Les actions, elles, ont déjà été distribuées à d'autres.

Autre interdit : le brainstorming ! C'est une mot sale; ici, pas de brainstorming; on est dans l'action, on essaye tout, on se plante, on recommence, jusqu'à ce que ça marche. C'est ça le feu des start-up. 

Mon ami Pierre résume comment il ressent tout ça : Il n'en peut plus !

Ce système où, pour suivre, il faut courir derrière des entrepreneurs voltigeurs, pour qui, il en a l'impression, les collaborateurs salariés sont des petites machines qui n'ont pas à se plaindre, ça lui plaît de moins en moins. Et ça plaît encore moins à sa petite amie. Être le collaborateur salarié de ces entrepreneurs agités, c'est être le "Gofor" permanent ( "Go for this, Go for that").

Certains diront que mon ami Pierre n'a pas compris tout le bonheur de travailler pour une start-up, qui se défonce,....Oui, c'est sûr.

Qu'il n'est pas fait pour travailler pour une start-up; mais qui est "fait pour" ?

D'autres que toutes les start-up ne sont pas comme ça; c'est vrai, mais quand on parle de ces start-up "différentes", on a l'impression qu'elles sont exceptionnelles, comme ICI. Ces start-up se préoccupent du bien-être de leurs collaborateurs, ah bon? elles vont sûrement avoir du mal pour réussir; elles feraient mieux d'être "focus".

Reste que l'on se dit que peut être, même les entrepreneurs qui "se défoncent" pourraient apprendre les secrets du leadership et des "servant leaders"

Où n'est-ce qu'un rêve?


Le pouvoir de la récompense entre pairs

Reward11Une organisation qui permet la collaboration, la coopération, la passion et la performance, qui n'en rêverait pas? Quand on parle de transformation managériale, ces mots reviennent dans les conversations.

Mais, bien sûr, toute la difficulté, c'est de passer des idées et conversations à l'action et aux résultats.

C'est pourquoi il est intéressant d'aller chercher les témoignages de ceux qui ont pris des initiatives en ce sens. Cela a parfois l'air d'être des gadgets, mais cela peut aussi donner des idées.

C'est l'objet du livre écrit par Jim Whitehurst, CEO de Red Hat, " The open organization : igniting passion and performance". 

Red Hat, c'est la plus grande entreprise d'informatique Open Source au monde. Et depuis que Jim Whitehurst a pris le job de CEO en 2008 le chiffres d'affaires a doublé, et la capitalisation boursière a triplé.

Comme l'activité de Red Hat est dans l'Open Source, il déroule dans son livre le concept d'"Open Organization", Organisation ouverte.

Une des initiatives qu'il a notamment mise en place, c'est de récompenser, de célébrer, les employés reconnus par leurs pairs pour leur mérite. 

Le process est original.

Chaque trimestre, chaque employé, y compris le CEO lui-même, reçoit un nombre égal de "points", qu'il peut utiliser pour récompenser ses collègues, qui peuvent convertir ces points en cartes cadeaux, et autres produits. Parfois des récompenses exceptionnelles, "Reward Zone awards", pour reconnaître des pairs pour un effort exceptionnel (par exemple travailler tard pour aider un collègue à trouver une solution pour un client). Les collaborateurs donnent aussi des récompenses à leurs pairs pour leur incarnation des valeurs de Red Hat, et se comportent selon le " Red Hat Way". Cela peut consister par exemple à les inviter à participer à un de leurs projets. Le principal critère pour donner et recevoir ce genre de récompenses, c'est pour Jim Whitehurst la collaboration. Pour lui c'est le principal ingrédient de la culture de son entreprise.

Autre exemple de récompense qu'il cite : le "Chairman's Award". C'est le plus grand honneur que l'on peut recevoir chez Red Hat. Pour être nominé, vous devez être soutenu par au moins deux collègues parmi vos pairrs (pas votre manager). Seulement 17 personnes sont finalistes. 

Pour le gagnant, c'est la fête : il est célébré comme une Star lors du Sommet annuel de Red Hat et, grâce à une vidéo dans laquelle les pairs de cette personne disent pourquoi elle a mérité cette récompense.

Ce ne sont que des petites choses, mais pour jim Whitehurst c'est l'accumulation de ces petites choses qui ne coûtent rien qui donne un pouvoir très fort à l'organisation, dans un mouvement "bottom-up", et renforce les valeurs qu'il veut incarner dans son "Open Organization" : Confiance, transparence, collaboration, et méritocratie.

De quoi en inspirer d'autres?