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Un nouveau monde à la base de la pyramide

PyramideJe recevais cette semaine, pour le cycle de rencontres sur " l'innovation managériale" de PMP, Emmanuel Marchant et Olivier Kayser, pour mieux comprendre ce qu'on appelle le " social business".

Emmanuel, aprés un passage dans le conseil en stratégie, et des postes opérationnels chez Danone, a viré vers le " social business" en devenant le Directeur Général de " danone communities", un projet initié par Franck Riboud et Mohammad Yunus en 2007, concrétisé par une entreprise commune, la Grameen Danone Food. Le premier projet a été une usine de fabrication de yaourts fortifiés en micronutriments au Bengladesh. L'objectif est de nourrir la population parmi les plus pauvres du monde, 60% des 160 millions d'habitants du Bengladesh vivant avec moins de deux euros par jour, et sont confrontés à des problèmes graves de malnutrition.

L'originalité du projet est de porter un objectif social, apporter la santé par l'alimentation au plus grand nombre, mais aussi un objectif de business, créer une entreprise qui dégage des profits ( même si le principe défini avec Mohammad Yunus est de réinjecter les profits éventuels dans l'entreprise, sans rémunération des actionnaires).

Ce qui a notamment poussé Danone sur ces projets vient aussi de la lecture de la thèse de Prahalad, " the fortune at the bottom of the pyramid" qui voyait un nouvel horizon pour les grandes entreprises multinationales consistant à capturer une part des 13 000 milliards de dollars que représente ce marché de la " base de la pyramide", c'est à dire des 4 milliards d'individus sur la planète les plus pauvres. Car, sur les 700 millions de clients réguliers de Danone dans le monde, trés peu faisaint partie de ces 4 milliards.

Bien sûr, ce type de démarche peut susciter un peu de scepticisme, et mes invités ont eu quelques questions de ce genre : est-ce que tout ça a un impact ? Une petite usine de yaourts au Bengladesh, pas de quoi éradiquer la malnutrition dans le monde, ...forcément, il faut de la constance, de l'énergie, de la volonté...On sentait qu'Emmanuel n'en manquait pas. Et puis, ces projets bénéficient de tout le support des employés de Danone; les responsables de ces projets ne sont pas dédiés au " social business"; ils ont généralement aussi un poste opérationnel dans la vrai vie de la concurrence sur les marchés développés. C'est ce que Danone appelle le principe de " friction".

Olivier Kayser, mon autre invité, venait compléter Emmanuel. Olivier, aprés dix-huit ans chez Mac Kinsey, a changé, lui aussi, de vie, ou presque. Il est devenu vice-président de l'association Ashoka, association mondiale qui a pour mission de favoriser l'entreprenariat social en soutenant les entrepreneurs sociaux.

Pour poursuivre cette démarche, il a créé la société Hystra en 2009, afin d'aider les grandes entreprises à développer des projets de " social business". Car, il en est convaincu, pour répondre à l'ambition de ce nouveau monde, il faut créer de nouveaux secteurs industriels, il faut que des entrepreneurs émergent au Bengladesh et ailleurs, pour faire sortir de nouveaux business models permettant de répondre aux besoins des populations visées, sur le logement, la nourriture, l'énergie,...Les opportunités et les idées ne manquent pas.

Il faut créer de nouvelles stratégies - Olivier Kayser, en bon ancien consultant, a forgé le mot de " stratégies hybrides" ' d'où le nom de sa société). Et travailler sur trois piliers en même temps : la croissance ( la nouvelle croissance viendra des marchés des pauvres), l'innovation ( de nouveaux modèles, de l'innovation sociale), et du sens ( de nouvelles priorités pour l'entreprise).

En écoutant Emmanuel et Olivier, j'avais l'impression d'accueillir des pionniers d'un nouveau monde, qui tous deux veulent porter une ambition et un idéal, tout en restant pragmatiques, et business.

Peut-être ont-ils donné un peu envie à certains des invités de suivre leur trace.

Car, en ces temps de crise, de pleurs sur les taux de croissance qui s' approchent de pas grand chose, ce souffle, et ces perspectives, ne pouvaient que nous donner un peu de ce vent favorable, dont nous allons tous avoir besoin de plus en plus.

NOTA : Ces rencontres de PMP sur " l'innovation managériale" ont lieu tous les deux mois environ, sur invitation privée.

Si vous êtes intéressés pour une prochaine session faites-moi signe.


Bon Anniversaire la Folie !

Fou1L'ouvrage date de 500 ans; on fête son anniversaire.

Connu, mais pas forcément lu, il s'agit de " L'éloge de la folie" d'Erasme; auquel le numéro de Novembre du magazine " Philosophie" consacre un dossier, ainsi que quelques extraits de l'ouvrage.

La folie dont nous parle Erasme c'est celle qui est " humanisée" avec la renaissance, aprés les années du Moyen-Âge, où elle était associée à la possession diabolique, et avant les temps modernes où elle prendra les traits de l'aliéné que l'on enfermera dans des hopitaux psychiatriques.

C'est donc l'âge d'or de la folie dont nous parle Erasme, présentée comme un " délicieux égarement de l'esprit".

" L'éloge de la folie" fait parler la Folie elle-même :

" Les hommes parlent souvent de moi et je sais bien toutes les horreurs qu'ils disent - y compris les plus fous - sur la Folie. Et pourtant, je suis bien la seule capable de faire rire à la fois les dieux et les hommes grâce à mon pouvoir divin. Et je vous le démontre par un argument puissant : à peine avais-je pénétré au milieu de votre innombrable assemblée, que tous les visages se sont éclairés d'une gaieté soudaine et insolite".

Ce à quoi nous invite aujourd'hui Erasme et son " éloge de la folie", c'est, selon la formule de Carlos Fuentes interviewé par " Philosophie", " à prendre une distance critique vis-à-vis de toutes les formes d'absolu, le progrès ou la foi par exemple". C'est ce " relativisme éclairé" qui nous permet de trouver l'équilibre entre ce qui est et ce qui doit être. Dans ce jeu de miroir, la folie est un peu raisonnable et la raison un peu folle.

L'être raisonnable, celui qui rejette les sentiments, les émotions, et ne se fie qu'à sa raison et à la logique, en se prenant parfois un peu trop au sérieux, il est toujours là cinq cents ans plus tard, et l'avertissement d'Erasme toujours d'actualité. L'homme de pure raison, c'est :

" ...une statue d'homme en marbre, insensible et totalement étrangère au sentiment humain;"

" Un homme de ce genre, on le fuira comme un monstre ou un fantôme. Il est sourd à tous les sentiments naturels. L'amour ni la pitié ne le touchent pas plus " que morceau de silex ou marbre de Paros ( Citation de Virgile, Enéide). Rien ne lui échappe et il ne se trompe jamais. Tel Lyncée, il scrute tout et mesure tout au cordeau. Il ne pardonne rien, et il est satisfait de lui-même. Lui seul est riche et en bonne santé, lui seul est roi, lui seul est libre. En un mot, il est tout à lui suel, mais il est le seul à le croire. Il ne cherche l'amitié de personne, et ne veut être l'ami d'aucun. Il envoie même les dieux se faire pendre. Il raille et condamne tous les modes de vie comme insensés. Et un animal de ce type serait le sage absolu !"

De quoi faire encore trembler les hommes trop exclusivement rationnels.

" Personne ne peut accéder à cette citadelle de la sagesse et du bonheur s'il n'est guidé par la Folie".

Cet éloge de la Folie, qui nous vient de 1511, quel bel anniversaire !

Bonne Folie....


Ecouter Moscou

Moscou_9L'écoute : nécessaire pour bien comprendre, pour bien répondre.

L'écoute, c'est le premier commandement : " Ecoute, Israël...tu aimeras...".

Ce n'est pas si facile car, lorsque que l'on se tait pour écouter, ce que l'on entend d'abord, ce n'est pas le silence, c'est le bruit de nos pensées, de nos représentations, des concepts que nous nous sommes forgés, de tous les stéréotypes que nous avons accumulés.

Et pourtant, celui qui n'écoute pas a du mal à progresser. Pour un consultant,l'écoute, c'est même une condition de survie dans la compétiton pour les clients.

Alors, cette année, pour le séminaire de PMP, qui vient de s'achever, nous sommes allés mettre à l'épreuve notre écoute à Moscou.

J'ai déjà évoqué ce séminaire annuel, point d'orgue et fierté de notre communauté de consultants, notamment l'année dernière à Bilbao. Ce sont des séminaires " expérienciels", où le lieu que nous visitons nous inspire pour réfléchir à nous, à notre performance individuelle et collective, à notre développement, notre stratégie, aux valeurs de notre entreprise, et au service pour nos clients.

Nous sommes tous partis avec nos stéréotypes sur Moscou, et avons pris le temps, dès le début de les échanger et de les écrire. Et ensuite, c'est parti pour la découverte.

Forcément en partant à Moscou, on a en tête la vodka, l'alcoolisme, la corruption, la brutalité des Russes, etc.. Rien de toujours vraiment bienveillant; même si on a aussi parlé de romantisme, de musique, de littérature, mais c'était il y a longtemps, au XIXème siècle.

Pour se confronter à Moscou, nous sommes allés à la rencontre de la religion orthodoxe, grâce aux églises moscovites, aux icônes, dont la plus belle collection au Monde est visible à la galerie Tretiakov, avec notamment celle de la Trinité écrite par Andreï Roublev ( qui date d'environ 1410), car on ne peint pas une icône, on écrit une icône.

La religion orthodoxe, c'est aussi celle des hésychastes et des pères du désert, ces moines qui se retirent dans le silence et la conscience de Soi, pour y rencontrer la Prière inérieure et perpétuelle. Cette concentration, ce recentrage, le rôle du silence et de l'Ecoute, sont aussi source d'inspiration.

" Tous les exercices du moine le conduisent vers un plus profond silence : silence des lèvres, silence de l'esprit, silence du coeur. Chacun de ces silences demande une maîtrise particulière. Le silence des lèvres dépend de notre volonté, le silence de l'esprit dépend de notre attention dans la prière, le silence du coeur est un don de la grâce". ( Jean-Yves Leloup - Paroles du mont Athos).

Et pour nous préparer, nous avons lu les " Récits d'un pélerin russe", ce petit livre, dont l'auteur est resté anonyme, qui constitue l'un des plus beaux textes spirituels de l'orthodoxie russe. Ces récits sont aussi un témoignage sur ce " besoin de repartir sans cesse à la recherche de ce qu'il est impossible de trouver" ( Dominique Fernandez - Russies). Et la compréhension de cette attitude russe est aussi une inspiration pour mieux comprendre les secrets de l' " âme russe" peut-être.

Nous nous sommes aussi plongés dans la musique, en visitant le conservatoire de musique Tchaikovski, qui a eu comme professeur le grand Tchaikovski, mais aussi Rachmaninov; et qui ne compte plus ses élèves qui sont devenus des stars mondialement reconnues ( Sviatoslav Richter, Yuri Bashmet,...).

Danse aussi, avec une représentation du " Lac des cygnes" par la troupe du BolshoÎ, la perfection technique, et l'enchantement des sens. On commençait à aimer Moscou...

Moscou, aussi, pour l'histoire et le pouvoir : le Kremlin, qui nous rappelle l'Empire Russe ( et comment ne pas s'interroger sur ce qui fait un Empire, et comment il se développe; y compris dans le monde des affaires et de la compétition entre les entreprises - et pourquoi pas sur l'Empire de PMP ?).

Et enfin, Moscou, dans sa vie contemporaine, en rencontrant une Manager russe d'une entreprise de technologie, un dirigeant de la chambre de commerce franco-russe, et un dirigeant local franco-russe d'un Groupe international.Tous, ils aiment Moscou, ils croient en sa réussite pour demain,

En parlant d'amour, on écoutait mieux...

Oui bien sûr, tout n'est pas complètement parfait.Ils nous font sentir les paradoxes, les contrastes, de Moscou aujourd'hui. On sentait aussi cette liberté de parole, cette capacité à voir les problèmes et les difficultés en face, mais sans se décourager.Les Russes ont l'air froid, et sont aussi trés chaleureux.

Des difficultés, mais aussi des richesses, des qualités humaines : pour entendre Moscou, il nous fallait lutter à tout moment contre ces stéréotypes que nous avions emportés : oui, Moscou, c'est pas Shanghaï; ce n'est pas non plus la ville qui attire comme New-York, oui, les rues ont l'air grises. Les bâtiments sovétiques côtoient les églises aux couleurs chatoyantes. On sent la ville en transition.

Alors, pour trouver ce " silence du coeur", éviter de laisser nos " stéréotypes" nous rendre sourds, il fallait faire cet effort; Effort qui est nécessaire dans de nombreuses situations que nous rencontrons par ailleurs. Nous avions d'ailleurs aussi écrit au début de ce séminaire les " stéréotypes de PMP"...

En écoutant Moscou, nous pouvions retoruver la posture de l'hésychaste :

" Tendre l'oreille, et parfois résister au désir d'entendre quelque chose, jusqu'à ce que le silence creuse en nous un plus haut désir. Comprendre alors que celui qui nous parle ne nous dira jamais un mot..." ( Ecrits sur l'hésychasme - Jean-Yves Leloup).

Espérons que nous sommes revenus de ce séminaire avec un peu moins de stéréotypes, plus d'écoute et de bienveillance; et pour certains l'envie de revenir pour poursuivre.

" Ecouter nous tait de toutes parts et dans ce silence nous saisissons à quel point l'Autre est tout Autre et à quel point il existe" ( Ecrits sur l'hésychasme - Jean-Yves Leloup).

On pense aussi au Petit Prince de Saint-Exupery, qui nous rappelait que " on ne voit bien qu'avec le coeur".

Car voir demande autant d'attention que d'écouter. Notre regard, lui aussi, est souvent chargé de mémoire, de jugements, de comparaisons. Là encore l'hésychaste nous aide à " purifier notre regard" :

" Cesser de mettre des étiquettes.

Passer de l'observation à la contemplation, tel est le mouvement de la prière des yeux.

Saisir tout ce qu'il y a d'invisible dans ce que l'on voit.

Aller vers ce point inaccessible où se rencontrent les regards.

Voir devient vision.

Vision devient union.

Nous lui devenons semblable parce que nous le voyons tel qu'il est".

Souhaitons ce même voyage, à Moscou ou ailleurs, à tous ceux qui ont, comme nous, envie de cette écoute, la nôtre et celle des autres, et de voir bien ( avec le coeur) : c'est aussi ça la performance, non ?

NOTA : Notre voyage a été organisé avec Frédérique Doillon, entrepreneure à Moscou depuis 18 ans; elle nous a accompagné avec son coeur et son amour de Moscou et de la Russie; je vous la recommande chaleureusement..

Vous pouvez la joindre ici : estcapade@voila.fr


Je m'voyais déjà...mais où ?

Etre

Être quelqu'un...Trouver sa place dans le monde, dans la société, dans le Business...

Oui, mais quelle place et comment ?

Certains veulent se fondre dans la société, pour faire partie d'un tout.

D'autres veulent tellement être individualistes qu'ils s'isolent et sont rejetés par la société.

Pas facile de trouver la bonne place...

C'est le sujet de ma chronique de ce mois dans " Envie d'entreprendre".

En allant chercher l'inspiration chez Tolstoï et Tchekhov....

De bonnes références ?

Allez-voir pour savoir...


Sans pli

Simple22

 Dans l'entreprise, dans nos organisations, dans nos process, tout ce qui est compliqué, c'est mal.

On entend partout que l'on veut des choses et des solutions simples; c'est parfois une façon de refuser le changement et la nouveauté. " Monsieur le consultant, je veux des choses simples".

Ceux qui ont tendance à confondre simplicité et résistance au changement devraient aller rechercher l'origine étymologique de cette " simplicité" que je redécouvre au hasard d'une lecture ( " Ecrits sur l'hésychasme" de Jean-Yves Leloup) à propos de l'état d' apathéia cher aux orthodoxes) :

" L'état d'apathéia que nous traduisons par " état non pathologique de l'être humain", est un état de spontanéité, d'innocence, de simplicité ( simplicitas étymologiquement, veut dire " sans pli", sans retour sur soi). Il décrit un état de clarté de l'intelligence qui " voit" les choses telles qu'elles sont, sans s'y projeter avec ses mémoires, ses idées, ses idéologies ( idoles). C'est la conscience-miroir, état de calme et de santé du cerveau, diront les neuro-psychologues".

Cette pureté de coeur de l'apathéia, cette ouverture sans préjugés, c'est la clé de la simplicité. Pour être dans la simplicité, pas de pli ni de retour en arrière, sur soi.

Une bonne façon de commencer une discussion sur : comment apporter de la simplicité dans mon entreprise, mais aussi, bien sûr, dans nos comportements et attitudes.

C'est....simple, non ? on dirait que " ça ne fait pas un pli"...